Van Rossem était le king du Moneytron

Yves Cavalier Publié le - Mis à jour le

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"J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un capitaliste de moins ; la mauvaise nouvelle, c’est que c’est moi "

C’est par ces mots que Jean-Pierre Van Rossem, le Brugeois grunge avant la lettre et qui avec son Moneytron a magistralement bluffé la planète financière, a lui-même annoncé l’effondrement de l’entreprise financière qu’il avait bâtie de toutes pièces au milieu des années 80. En 1990, c’est la dégringolade. Pour lui mais aussi pour tous ceux qui ont fait confiance à ce grand illusionniste qui a appris très tôt à manipuler l’opinion et les médias.

Même si ses études ont été un peu chahutées, Jean-Pierre Van Rossem a engrangé suffisamment de connaissances en économie pour en comprendre les grands mécanismes et, surtout, pour en découvrir les failles. Il se passionne pour l’économétrie, cette jeune science qui s’efforce de quantifier les modèles économiques. Sur la base de ses "recherches", Van Rossem va développer un modèle qui permettra d’exploiter les faiblesses du système lorsqu’il est appliqué aux marchés financiers.

Autrement dit, son Moneytron va permettre d’anticiper les réactions des marchés financiers et par conséquent permettra à ceux qui lui font confiance de remporter de belles plus-values. Et le pire, c’est que ça marche ! Ou plus exactement de plus en plus d’investisseurs finissent par croire à la martingale et s’adressent au "gourou" pour lui confier leurs économies, voire leur fortune. Van Rossem se contente d’une commission de 5 %. Pourtant, en peu de temps, le voilà à la tête d’un capital de l’ordre de 400 millions de dollars, une fortune qu’il n’hésite pas à exhiber pour s’assurer la promotion que lui offre gracieusement la presse. Il collectionne les Ferrari. "Lorsque j’ai acheté ma dixième Ferrari, Enzo m’a invité chez lui en Italie, a-t-il expliqué un jour. Mais cela ne m’amusait pas car il ne parlait que de filles". Et de toute façon, Van Rossem préférait se déplacer en Rolls ou en jet privé.

Sa machine à faire fortune lui aura donc permis d’assurer la sienne jusqu’au jour où il fut contraint d’admettre qu’une opération avait mal tourné. Une obscure histoire de titres italiens imprimés au Chili et dans laquelle il aurait été abusé Mais jusque-là, il a réellement accumulé des milliards de francs belges et s’est même offert le luxe d’une écurie de Formule 1 aux couleurs du Moneytron. Reste que sa recette miracle n’en était évidemment pas une. En réalité, il a réussi à utiliser de manière subtile la très classique chaîne de Ponzi qu’on appelle encore "système de la cavalerie" : l’argent confié par les nouveaux investisseurs sert à payer la rémunération des précédents.

L’habillage économétrique aidant, le gourou se crée pratiquement une secte de fanatiques au point que Van Rossem va se lancer en politique. Il fonde le parti "Rossem" ("Radicale omvormers en sociale strijders voor een eerlijker maatschappij"), populiste et libertaire. Il crée une énorme surprise aux législatives de 1991 en décrochant pas loin de 200 000 voix : le parti entre à la Chambre avec trois députés et délègue un représentant au Sénat. Il laissera d’ailleurs un souvenir difficile à effacer des annales du Parlement puisqu’en 1993, lors de la prestation de serment du Roi Albert II, Jean-Pierre Van Rossem a hurlé un "Vive la République d’Europe" qui a suscité un certain émoi.

Cela dit, à ce moment, l’homme était déjà rattrapé par la justice et deux ans plus tard, il est condamné à cinq ans de prison ferme pour escroquerie, faux et usage de faux notamment. Il y a quelque mois, il a refait surface en politique en annonçant son intention de défier Bart De Wever à Anvers à l’occasion des communales de 2012. Mais finalement, il a renoncé à ce projet. Préférant se réserver pour la campagne 2014

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