Vues de BNP sur les dépôts de Fortis

Ariane van Caloen Publié le - Mis à jour le

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Le Belge Lars Machenil, nouveau directeur financier de BNP Paribas, a jeté un pavé dans la mare, il y a quelques semaines, lors d’une réunion avec les analystes. Il a laissé entendre que l’excédent de dépôts de Fortis Banque, la filiale belge de la banque française, pourrait servir à combler le déficit de dépôts dans les filiales italiennes et espagnoles. Déficit qui serait de 40 milliards d’euros, selon l’agence Bloomberg. D’après nos informations, Lars Machenil aurait évoqué un montant de 20 milliards d’euros venant de Fortis Banque et de 10 milliards venant de la filiale suisse laquelle dispose également d’abondantes liquidités.

Du côté de la banque belge, on ne fait "pas de commentaire sur les rumeurs" tout en assurant lundi soir "qu’il n’y aura pas de transfert d’argent depuis les dépôts de clients belges vers l’Espagne ou l’Italie". On pourrait jouer sur les mots. D’après nos informations, Lars Machenil a évoqué le scénario d’une délocalisation en Belgique des activités du financement à l’exportation et de "project finance". Une telle délocalisation aurait l’avantage de ne pas être dans le cas de figure de transferts de fonds intragroupes puisque l’activité serait localisée en Belgique.

Il faut en effet savoir qu’une nouvelle législation, entrant en vigueur fin 2012, va imposer de limiter les montants des transferts intragroupes à 100 % des fonds propres. Ce qui équivaut à mettre la limite à 25 milliards pour Fortis Banque. Cette limite a été imposée dans la foulée du difficile démantèlement du groupe Dexia. Pour rappel, Dexia Banque Belgique finançait pour plus de 30 milliards d’euros le Crédit local de France (filiale de Dexia) et donc indirectement les municipalités françaises. Une telle concentration du risque est apparue clairement problématique.

Faut-il s’inquiéter du projet de BNP Paribas ? "Il paraît évident que cela augmenterait le facteur de risque des dépôts utilisés même si a priori cela semble logique de vouloir allouer les fonds de manière maximale", nous explique un analyste. De fait, les banques espagnoles sont fragilisées par l’éclatement de la bulle immobilière et leurs consœurs italiennes par les craintes de marchés sur la dette souveraine italienne. Il semblerait que BNL, la filiale de BNP Paribas en Italie, n’échappe pas à ce regain de méfiance.

Ce transfert de fonds pose aussi la question de savoir si la rémunération serait adaptée au risque, et donc plus élevée. Ce qui gonflerait le bénéfice de Fortis Banque. Où on a toujours expliqué que ce type d’opérations se fait aux conditions de marché mais sans vouloir donner de chiffre précis. La filiale belge ne manque pas non plus de relativiser le phénomène de transferts en rappelant que les flux nets entre la filiale belge et sa maison-mère était limités à 900 millions d’euros à fin 2011.

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