Auto Première mondiale à Wolfsbourg, où les trains régionaux vont rouler à l’hydrogène en lieu et place du diesel.

Le concours de circonstances ne manque pas de sel : Wolfsbourg (Basse-Saxe), qui ne vit et ne respire que par Volkswagen à l’origine du dieselgate, accueillera, à l’horizon 2021, les premières rames de trains régionaux circulant à l’hydrogène. Celles-ci, fonctionnant grâce à l’énergie électrique produite par une pile à combustible, remplaceront les automotrices… diesel.

La pile à combustible, c’est un peu le Graal énergétique. La combinaison d’hydrogène, stocké sous pression dans des réservoirs, et d’oxygène produit de l’électricité en ne rejetant que de la vapeur d’eau (deux atomes d’hydrogène pour un d’oxygène). Cette solution, localement propre et à l’empreinte sonore discrète, est à l’étude depuis 1839. Jusqu’ici, cependant, son utilisation a été limitée par une technologie complexe et des risques au stockage de l’hydrogène hautement explosif. Son découvreur, Henry Cavendish, avait appelé ce gaz "air inflammable".

Depuis sa découverte, la pile à combustible est l’objet d’études notamment dans les grands groupes automobiles. Dans les années soixante, Daimler a équipé une camionnette Mercedes-Benz de ce système, qui occupait alors tout l’espace de chargement. De nos jours, la sécurité des réservoirs et de la distribution d’hydrogène étant assurée, et la technologie s’étant affinée, à côté des bus et camionnettes, plusieurs véhicules électriques sont équipés de piles à combustible : Toyota Mirai, en première mondiale, puis Hyundai ix35 remplacé en 2018 par un nouveau SUV, année où Mercedes commercialisera son GLC-F Cell (pour fuel cell, pile à combustible).

Dans les chemins de fer, les études d’alimentation énergétique par pile à combustible vont aussi bon train… Mais il revient à Alstom Allemagne de commercialiser la première rame automotrice équipée de cette solution d’alimentation de la traction électrique. L’initiative en revient à quatre Landers allemands (Basse-Saxe, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Hesse et Bade-Würtemberg), qui, en 2014, ont signé une lettre d’intention avec Alstom pour le développement d’un train à pile à combustible. La région de Calw a suivi en 2015.

Premier contrat à 8,4 millions

En fin de semaine dernière, première concrétisation avec un accord, signé à Wolfsbourg, pour la livraison de 14 rames Coradia iLint, adaptées des autorails Coradia. L’accord entre le constructeur français et les autorités régionale et fédérale porte sur la fourniture des trains, assemblés à Salzgitter en Allemagne, leur entretien et leur alimentation en énergie pour les trente prochaines années. Le budget est estimé à 8,4 millions d’euros, assortis de la construction, par le groupe Linde, d’une station de distribution d’hydrogène aux trains, infrastructure estimée à 10 millions d’euros.

Le problème avec la motricité électrique, présentée comme verte alors qu’elle ne l’est souvent que localement, est la production d’énergie. Dans ce cas, Linde produira l’hydrogène sur place, par électrolyse et au moyen d’énergie éolienne. La solution présentée par Alstom, sur les lignes non électrifiées, pourrait donc être plus performante environnementalement parlant que le réseau électrifié. En effet, l’Allemagne produit encore une grande partie de son électricité avec de l’énergie fossile, notamment du lignite, intermédiaire fossile entre tourbe et houille.

Alors que la pression sur la motricité diesel se maintient, la pile à combustible, sans émissions locales de gaz à effet de serre, de polluants ni de particules, a un réel avenir. Dans le cadre de la COP 23, lundi à Bonn, le Conseil de l’hydrogène a publié l’étude sur "La montée en puissance de l’hydrogène". D’après celle-ci, le secteur pourrait générer 2 500 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 30 millions d’emplois à l’horizon 2050.

Dès 2030, le Conseil prévoit entre 10 et 15 millions d’automobiles et un demi-million de camions équipés de pile à combustible. Pour Alstom, en 2050, un train sur cinq fonctionnera à l’hydrogène sur le réseau non électrifié, soit un train sur dix en général.