Auto Le rappel de 22 000 Porsche par les autorités allemandes n’est peut-être qu’un début.

Près de deux ans après l’éclatement du scandale Volkswagen, le 18 septembre 2015, les choses s’emballent. Il ne se passe plus un jour sans que des révélations mettent à jour des éléments minant la confiance en l’un des fleurons de l’industrie allemande et mondiale : l’automobile. Et, au vu des réactions rapides, il semble bien que ce soit panique à bord.

Dernier exemple en date : la décision des autorités allemandes de renvoyer 22 000 Porsche Cayenne diesel au garage pour corriger leur logiciel. Le problème est identique à celui qui est à l’origine du scandale VW : dans sa configuration de base, le logiciel détectant les conditions de test sur banc, active les systèmes antipollution, qui sont désactivés en conduite normale. Cela afin de rendre le bilan environnemental de ces véhicules plus acceptable.

Mais le procédé est inacceptable, une fois de plus, et le gouvernement allemand, emmené par Angela Merkel, ne peut plus se permettre de fermer les yeux ou de s’en remettre à l’Europe. Jusqu’ici, les autorités allemandes se sont toujours montrées très prudentes vis-à-vis d’une industrie qui rapporte à la fois de l’argent et des emplois. Et qui bénéficie d’une image référentielle : partout dans le monde, la voiture allemande est un objet de désir et un modèle.

Image polluée

Ecornée par la vaste tricherie de Volkswagen et de ses marques Audi, Seat, Škoda, mais aussi et déjà Porsche, avec un rappel de onze millions de véhicules à la clé, cette image risque d’être définitivement salie si les soupçons d’entente entre constructeurs s’avéraient être la réalité pure et simple. Pendant vingt ans, Volkswagen, Audi, Porsche, BMW et Daimler auraient eu des pourparlers et se seraient entendus sur des questions techniques. Certaines d’entre elles concernant les systèmes antipollution comme l’AdBlue, adjuvant à base d’urée réduisant les émissions d’oxydes d’azote (NOx) émis lors de la combustion du diesel. La question de savoir qui a vendu la mèche le premier - le groupe Volkswagen ou Daimler - est finalement secondaire, ne concernant que les intéressés qui peuvent espérer la clémence des autorités européennes dans ce jeu à 50 milliards d’euros.

Donc panique à bord. Le premier, Daimler, a annoncé le mardi 18 juillet qu’il rappelait volontairement, et à ses frais bien sûr, trois millions de Mercedes-Benz diesel afin de corriger leur logiciel et de les rendre moins polluantes. Ce jeudi, Matthias Müller, patron du groupe VW et ex-directeur de… Porsche, annonçait le rappel volontaire de quelque quatre millions de véhicules en Allemagne afin d’en réduire les émissions polluantes.

Mais une grande partie de ces véhicules - plus de trois millions - fait déjà partie du premier plan de rappel, consécutif au dieselgate. Il y en aurait un million de plus, comprenant notamment les gros moteurs diesel TDI 3 litres des Porsche Cayenne et Volkswagen Touareg, aux normes Euro 5 et 6, soit les plus récentes.

Maintenant, le constructeur de Zuffenhausen, dans la banlieue nord de Stuttgart, n’a plus le choix. Ses modèles Cayenne TDI 3 litres aux normes euro 6 doivent être reprogrammés à ses frais. Il y en a 22 000 dans le monde, dont 9 700 dénombrés en Allemagne. Pour l’heure, le nombre de Porsche concernées en Belgique n’est pas connu. Ce moteur, fabriqué par Audi - Porsche étant un spécialiste de l’essence -, équipe aussi certaines Audi et le VW Touareg, auxquels l’ordre de rappel pourrait être étendu.

Repli sur la Formule électrique

Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Dans la foulée, Porsche a déclaré se retirer de la compétition d’endurance, où il a brillé dans la catégorie reine, LMP1. Dix-neuf fois vainqueur des 24 Heures du Mans, le constructeur de voitures de sport se replie sur la Formule E, ou F1 électrique. Officiellement comme banc de recherche pour la future Mission E, un coupé quatre portes électrique.

En Formule E, Porsche retrouvera ses petits amis Audi, BMW et Daimler, qui quitte le DTM, championnat allemand des voitures de tourisme. Ou comment tenter de se refaire une virginité. Mais les élections législatives se profilent en Allemagne, le 24 septembre, et les malversations dans l’industrie automobile pourraient entrer dans le débat politique.