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Le constructeur américain de voitures électriques Tesla est la cible d'une offensive du syndicat du secteur UAW, qui veut ouvrir une section dans son usine de Fremont (Californie) face à l'accélération des cadences de travail pour produire le nouveau "Model 3".

Tesla a présenté la semaine dernière cette voiture milieu de gamme qui doit lui permettre de décupler sa production dans les prochaines années et de devenir un "grand" constructeur. Le Model 3 s'ajoute aux deux autres modèles déjà produits par Tesla, le "S" et le "X".

"Bienvenue dans l'enfer de la production car c'est là où nous serons dans les six prochains mois", a ironisé le patron de Tesla, le charismatique Elon Musk, en présentant son dernier né dont Tesla veut produire 10.000 exemplaires par semaine dès l'an prochain.

Mais Tesla veut aussi calmer les craintes de certains des quelque 6.000 employés de l'usine, exposées dans une lettre envoyée au conseil d'administration de l'entreprise. Ils demandent notamment davantage de clarté sur leur paie et les promotions ainsi que la promesse qu'ils ne feront pas l'objet de mesures de représailles s'ils tentent de former une section syndicale.

"Nous en avons assez de subir blessures après blessures alors qu'elles pourraient être évitées", affirme Michael Catura, un ouvrier de Tesla signataire de la lettre.

"Cela nuit au moral, ralentit la production; c'est aussi traumatisant et place la victime dans une situation financière difficile. Nous voulons savoir ce que l'entreprise prévoit pour répondre au problème et s'il y a des progrès", ajoute-t-il.

Tesla doit présenter mercredi soir ses résultats financiers pour le deuxième trimestre. Le constructeur n'est pas encore arrivé au seuil de rentabilité et, malgré son succès d'estime, n'a qu'une part de 0,3% du marché automobile américain.

Le salaire d'embauche à Fremont est de 18 dollars (15 euros) de l'heure, bien inférieur à la moyenne des autres ouvriers du secteur (25,58 dollars) et au salaire moyen dans le comté d'Alameda où se trouve l'usine (28,10 dollars). Du coup, louer un appartement peut absorder jusqu'à 70% du salaire d'un ouvrier de l'usine.

"Nombre d'entre nous ont travaillé pendant des années avec la vague promesse d'une augmentation mais il n'y en a jamais eu", affirme Richard Ortiz, employé à l'atelier de peinture. "Nous avons soulevé cette question plusieurs fois et jamais obtenu de réponse", ajoute-t-il.

Musk au créneau

Plusieurs ouvriers essaient en conséquence de créer une section syndicale au sein de l'usine et le président du syndicat UAW (United Auto Workers) Dennis Williams a déclaré le mois dernier que l'organisation était prête à organiser un vote chez Tesla pour y parvenir. En attendant, elle a ouvert un bureau près de l'usine et engagé deux personnes pour recruter des adhérents.

Elon Musk a répondu à cette offensive syndicale sur Twitter et par courriels aux employés, accusant les tentatives de l'UAW pour recruter à Fremont d'être fallacieuses. Il a aussi rejeté les accusations selon lesquelles les conditions de travail sont dangereuses.

"Nous ne voulons rien ajouter à nos précédentes déclarations", a affirmé Gina Antonini, une porte-parole de l'entreprise, renvoyant vers un blog de Tesla affirmant que les conditions de travail s'améliorent.

L'usine de Fremont, qui était co-exploitée avant son rachat par Tesla par les géants de l'automobile General Motors et Toyota, a pour objectif de produire 100.000 voitures dès la fin de cette année puis 500.000 en 2018 et un million en 2020. Elle en a produit quelque 84.000 en 2016.

Tesla n'est pas le seul constructeur à être pris pour cible par l'UAW. Le syndicat veut aussi s'installer dans l'usine du japonais Nissan à Canton dans le Mississippi (sud). Un vote doit s'y tenir jeudi et vendredi pour savoir si le syndicat aura assez de soutien pour y ouvrir une section, une possibilité à laquelle la direction de l'usine a tout fait pour s'opposer.