Auto On sait que le constructeur nippon, en plus des motos, produit déjà des voitures de golf, essence et… électriques. Mais saviez-vous que le spécialiste des 2 roues motorisés flirte depuis plusieurs années avec un certain Gordon Murray, ex-McLaren F1 ? Autoguide Philippe Van Holle

Le Salon automobile de Tokyo ouvre ses portes fin de ce mois et Yamaha a promis une belle surprise aux amateurs… d’automobiles. On sait bien entendu que Honda et Suzuki excellent sur deux et quatre roues, alors pourquoi pas Yamaha ?

D’autant que, dans un contexte économique qui n’est pas des plus favorables, il est de bon ton, aujourd’hui, de diversifier les activités. Honda s’est lancé relativement récemment dans la construction de jets, Yamaha produit déjà des voitures de golf, essence et électriques. On sait du reste que ce dernier est aussi très actif dans la production d’instruments de musique, qui fut son premier dada. En effet, Yamaha fut la première société japonaise à créer un orgue, peu avant l’an 1900. Elle n’allait cesser d’évoluer dans ce domaine. L’emblème aux trois diapasons intimement imbriqués est d’ailleurs toujours apposé sur toutes les productions de la firme. C’est également valable pour les motos, et, donc, pour les futures autos, même si cela peut paraître étonnant.

En 1992 déjà…

Ce n’est pas la première fois que Yamaha tâte des quatre roues. En 1992 déjà, la firme avait sorti un coupé sportif, la OX99-11. Elle était équipée du moteur alors monté sur les Formule 1 de l’écurie Jordan Grand Prix. Il s’agissait d’un V12 de 3,5 litres, certes bridé mais développant quand même une puissance de plus de 400 chevaux. Tout comme la Jordan de l’époque, le châssis était intégralement composé de fibres de carbone et participait au poids plume de la voiture : 1 100 kg à peine.

Dessinée par Takuya Yura, la voiture était conçue à l’origine comme une monoplace, mais les dirigeants trouvèrent que cette option était trop restrictive pour un usage commercial. La formule biplace semblait plus raisonnable. Dans l’esprit motocycliste de la marque, ils décidèrent d’une implantation en tandem, le passager étant positionné derrière le conducteur, une option osée qui fut sans doute une erreur. En voiture en effet, le positionnement type moto n’est pas le plus convivial qui soit. D’autant qu’à l’époque déjà on parlait d’un prix qui approchait le million de dollars…

La production fut plusieurs fois reportée et l’idée finalement abandonnée. La OX99-11 resta donc à jamais à l’état de prototype. Il en existe trois aujourd’hui encore, qui doivent chacun valoir une sacrée somme d’argent dans le monde restreint des collectionneurs.

La Motiv, de Gordon Murray

En 2013, soit plus de 20 ans après un premier essai automobile, Yamaha était revenu au Salon de Tokyo avec un projet de petite citadine. Un ingénieur bien connu des fans de compétition était partie prenante de l’aventure, un certain Gordon Murray qui avait conçu la fameuse McLaren-BMW et retiré depuis de la F1.

C’est lui qui avait conçu et développé les T25, à moteur thermique, et T27, à moteur électrique, bâties autour de la technologie iStream (fabrication modulaire sans soudure du châssis) et d’une carrosserie en plastique recyclé déformable qui associent la facilité de montage au mélange des matériaux techniques.

Au Salon de Tokyo 2013, la voiture fut présentée sous le nom de Yamaha Motiv, le constructeur japonais ayant signé avec Murray tous les accords nécessaires à une possible production de masse. La voiture ressemblait à s’y méprendre à une certaine Smart…

Dans sa version électrique, la Motiv-e était propulsée par un petit moteur Zytek qui développait 15 kW en continu (20 ch) et 25 kW en pointe (34 ch) pour une vitesse maximale de 105 km/h. Ce bloc était alimenté par une batterie lithium-ion et revendiquait une autonomie de 160 km, la batterie étant rechargeable en 3 heures sur une prise de courant classique. A noter que la Motiv thermique (1,0 l de 80 ch et 160 km/h en pointe) était environ 100 kg moins lourde que la Smart ForTwo.

Mais une fois encore, pour des motifs qui, encore aujourd’hui, restent obscurs, la machine s’enraya. Alors qu’Hiroyuki Yanagi, le président de Yamaha, avait pourtant confirmé, en février 2015, envisager la production d’un tel véhicule en Europe à l’horizon 2019, avec un plan d’investissement pour une nouvelle usine de plusieurs centaines de millions d’euros.

Etonnant quand même comme un constructeur peut se permettre de remettre dans les cartons (et au grenier !) un projet quasi abouti, ayant coûté des sommes astronomiques en développements divers. En 2015 et à Tokyo aussi, Yamaha, revenant à ses premières amours, avait présenté au public de la capitale japonaise le concept d’une petite sportive biplace, la Sports Ride, dont on allait reparler deux ans plus tard… L’évolution du concept Sports Ride ? Et nous voilà à l’aube du Salon de Tokyo 2017. Avec Yamaha qui annonce un nouveau projet sur 4 roues. Il faudra attendre le 25 octobre pour être définitivement fixé, car le secret est plutôt bien gardé. Toutefois, certaines sources bien informées parlent d’une évolution 2.0 du concept Sport Ride de 2015. Ce dernier reposait (lui aussi) sur l’architecture modulaire en fibre de carbone iStream de Gordon Murray, inaugurée récemment pour la production avec la toute nouvelle TVR Griffith. Le coupé ne pesait ainsi que 750 kg. La dernière version serait animée par un moteur 3 cylindres turbo compressé développant plus de 100 ch, avec un rapport poids/puissance donc particulièrement intéressant.

Tokyo 2017 sera également l’occasion de demander aux têtes pensantes de la firme aux 3 diapasons ce qu’il en est exactement du projet Motiv, qui semble aujourd’hui tout à fait adapté aux critères d’une mobilité future, plus citadine, plus légère et plus verte…