Guy Moerenhout anime un étonnant musée Abarth vivant

Yves de Partz Publié le - Mis à jour le

Auto Rencontre avec Guy Moerenhout, pilote, préparateur de voitures et passionné de rallyes d’ancêtres devenu, un peu par hasard, collectionneur d’Abarth.

Aujourd’hui, son musée de Lier, près d’Anvers, est le plus important au monde à l’effigie du scorpion. À priori, la ville de Lier, dans la province d’Anvers, est plus connue pour sa collégiale de style gothique flamboyant, son béguinage (un des 13 édifices du genre classés en Flandre) et le sobriquet «Schapenkoppen» (têtes de mouton) dont sont affublés ses habitants. Une réminiscence du duché de Brabant, lorsque les Lierrois préférèrent bénéficier d’un marché permanent plutôt que de voir éclore dans leurs murs une nouvelle université. Aujourd’hui, une autre forme d’université a pris place dans la région, et des visiteurs très particuliers venus du monde entier (Russie, Etats-Unis, Afrique du Sud, Japon, Chine…) découvrent sur la carte de Belgique cette ville de 30.000 habitants, avant de rejoindre son zoning industriel et une longue façade grise dont les vitres permettent d’apercevoir l’objet de leurs convoitises.
À côté d’un scorpion jaune en référence au signe astrologique du créateur de la marque, un panneau rouge surplombe l’entrée: «Abarth Works Museum»! Passée la porte, l’homme-orchestre du musée nous accueille avec un sourire jovial puis nous guide vers son bar pour préparer le café matinal. «Je suis effectivement mécanicien de formation, mais aussi pilote, préparateur de voitures, gestionnaire du musée, guide et barman, confie Guy Moerenhout dans ce qu’il appelle le «garage language». On voit des gens de partout et on s’adapte».


Le hasard d’une rencontre à Savigny-les-Beaunes.

Existe-t-il des signes prémonitoires? Le gestionnaire des lieux est né en 1949, l’année où un certain Carlo Abarth, né Karl Abarth à Vienne le 15 novembre 1908, fonda à Turin la société Abarth & C. SpA. Pour Guy Moerenhout, le hasard se situe plutôt en Bourgogne et plus précisément au château de Savigny-les-Beaunes. «Michel Pont, viticulteur, mais aussi collectionneur encore plus fou que moi, y a rassemblé 350 motos, une centaine d’avions de chasse, des camions de pompier et une quarantaine d’Abarth, après avoir été lui-même pilote de ces voitures. Après avoir acquis une Abarth, je l’ai appelé dans les années nonante et il m’a demandé de lui montrer le modèle qu’il a acheté. Au fil de nos rencontres, nous sommes devenus amis et j’ai commencé à restaurer ses voitures et à en acheter moi aussi. Et puis, en 1997, j’ai renoncé à préparer des Porsche et je me suis intéressé aux seuls produits Abarth.» Pourquoi ce choix? «Abarth est bien sûr une marque exclusive, mais j’ai aimé le côté mécano de ce préparateur connu d’abord pour ses pots d’échappement. On l’a oublié, mais Abarth a travaillé avec beaucoup de marques en plus de Cisitalia: Alfa Romeo, Renault, Ferrari, Porsche, Simca et Fiat. Et puis, comme on le sait, il n’était pas qu’un vendeur de voitures à son nom et proposait des kits pour transformer une Fiat 500 ou 600, offrant l’occasion à de nombreux amateurs de se faire plaisir à travers un hobby pas nécessairement coûteux. Ensuite, Carlo Abarth a construit ses propres voitures et développé des moteurs, mais souvent en partant d’un modèle de série: une Fiat 500 qu’il déshabillait pour la réaménager avec ses carrosserie et moteurs.»
Que différencient les Abarth des autres modèles sportifs? «Cet ancien pilote moto (il a conduit des side-cars FN) avait le souci permanent de la légèreté et il a été le premier à utiliser le magnésium, l’aluminium et le polyester, ou à forer des boulons pour gagner du poids.»

Un Abarth Works Museum sur 3.000 mètres carrés.

En 2007, Guy Moerenhout s’installe dans les hangars qu’il occupe toujours aujourd’hui, un aménagement rendu possible grâce à l’aide de sa seconde épouse et de sa belle-famille occupant juste à côté les bâtiments de la société internationale d’outillage Power Plus. Après avoir parcouru le rez-de-chaussée et la mezzanine occupée par quelques dizaines de voitures exceptionnelles, la vraie dimension de la collection se cache derrière une porte a priori banale. On y balaye d’un coup d’œil plus de 200 voitures qui sont réparties sur quelque 3.000 mètres carrés d’un espace baptisé «Abarth Squadra Storica Guy Moerenhout Racing»!
En font partie, dans des finitions variables, mais souvent en état de marche, des séries de Fiat 124 Abarth, d’autres séries de Fiat Ritmo, de Coupés Fiat 2.3 LS ou de Lancia Delta Integrale, en plus de quelques bijoux dont la première Fiat 600 Multipla à 7 places de 1964 ou la Fiat Abarth Record Monza GT ayant appartenu au frère du Président Roosevelt.
«Je choisis mes voitures selon mes goûts personnels, commente notre guide. J’ai par exemple des Lada qui, on le sait, étaient des Fiat à l’origine.» Faut-il rappeler que les Lada étaient fabriquées avec de l’acier belge ou que les Moskvitch ont été assemblées à Anvers par Scaldia-Volga dont le nom évoquait Schelde (l’Escaut)? «Aux visiteurs, je montre aussi des Seat, des Zastava ou des Yugo qui furent liés à l’empire Fiat. Et qui se souvient que Simca a appartenu à Fiat jusque 1962, avant d’être vendu à Chrysler… que Fiat a racheté aujourd’hui?» Guy Moerenhout aime aussi évoquer les liens entre Abarth et la Belgique à travers des hommes («Paul Frère, Pascal Ickx, Lucien Bianchi et Teddy Pilette ont couru pour Abarth») ou une voiture, à l’image de la Fiat 125 S que Paul Frère a fait préparer par Abarth et que notre confrère Philippe de Barsy a confiée aujourd’hui au musée.

Avec Guy Verhofstadt aux Legend Boucles.

Et puis, si un certain nombre de voitures sont, à la demande de clients, en cours de restauration avec l’aide d’artisans dont un excellent carrossier («pour bien restaurer, il faut être spécialiste d’une marque car chaque voiture a ses secrets»), beaucoup d’autres roulent dans des rallyes d’ancêtres aux mains de Guy Moerenhout ou d’autres pilotes. «J’ai notamment engagé une Fiat Ritmo Abarth aux «Legend Boucles» à Bastogne pour Guy Verhofstadt, un homme aussi passionné et méticuleux dans l’automobile qu’il ne l’est en politique.» Après avoir piloté, toujours en rallye, des Fiat Abarth 130 et Uno Turbo, ou des Alfasud et GTV6, le prochain objectif de Guy Moerenhout est de retourner à Spa au volant d’une des fameuses Lancia Delta Integrale qui ont marqué le championnat du monde des rallyes.
Plus tard, qu’adviendra-t-il de ce musée? «Nous avons créé une ASBL et j’ai la chance que mes enfants et petits-enfants s’y intéressent. Comme son nom l’indique, nous travaillons dans ce musée qui n’est pas statique et où on peut approcher les voitures. Mon souhait est d’y accueillir une sorte d’académie de l’automobile pour y entretenir l’esprit des courses d’autrefois et des voitures anciennes.
A l’ère de l’électronique, les jeunes mécaniciens travaillent sur un computer et remplacent des pièces, mais ils ne savent plus les réparer. Aux chercheurs, je propose aussi une bibliothèque». À l’heure de l’apéro, la visite se termine comme elle a commencé, au bar de ce musée pas comme les autres. Le propriétaire s’y sent comme un poisson dans l’eau, face à une bière artisanale et entouré de ses voitures, de quelques motos et même de peintures signées par une artiste chilienne que la magie des lieux et le scorpion rouge ont inspiré.
Yves de Partz

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

  1. 1
    Record mondial de vente de voitures électrifiées en Norvège en septembre

    Championne toutes catégories des véhicules électriques, la Norvège se rapproche du cap symbolique de 50 % d’immatriculations mensuelles : les 6 524 véhicules hybrides et 100 % électriques en septembre représentent 48 % du total des ventes. En ...

  2. 2
    Kobe Steel: Airbus, Renault et PSA également cités, l'action plonge encore de 10%

    Le groupe européen Airbus, de même que les français Renault et PSA, font partie des clients de produits dont les caractéristiques ont été falsifiées par le sidérurgiste japonais Kobe Steel, selon la presse, ce qui faisait encore plonger l'action de ...

  3. 3
    Abonnés Les voitures électriques sont-elles vraiment «propres» ?

    Constructeurs et politiques œuvrent de plus en plus au développement des véhicules électriques, qu'ils appellent «véhicules propres». Terme qui peut porter à confusion et qui occulte la pollution qu'engendrent ces bolides. «Véhicules ...

  4. 4
    Abonnés Comment le Duster de Dacia est devenu un phénomène

    Couvrant une petite superficie au bout du hall 8 à Francfort, entre les géants allemands et à côté d’Opel, Dacia ne passe pourtant pas inaperçu : la marque fait du bruit avec une DJ qui anime un stand sur lequel trône le Duster deuxième génération. ...

  5. 5
    Abonnés Voici les voitures de demain

    Une chose est sûre cependant : à des fins de sécurité et, pour certains, de confort, la conduite automatisée va progressivement s’imposer. Celle-ci passe par plusieurs niveaux. Sur son stand, Audi expose trois véhicules, avec trois niveaux ...

cover-ci

Cover-PM