Auto L’ancêtre suscite l’engouement. Mais un achat passion n’est pas toujours un bon investissement.

Le week-end dernier, quelque 150 voitures anciennes sillonnaient les routes et chemins dans le cadre des Ardenne Roads, prestigieux et sportif rallye de régularité. Parmi elles, de nombreuses Porsche 356 et 911, MGB, Austin Healey, Ford Mustang, Jaguar XK, Mercedes-Benz SL, Bugatti Type 57. Toutes des stars des ventes publiques. Au total, il y en avait pour des centaines de millions d’euros, circulant dans des conditions parfois très scabreuses.

Partenaire de l’aventure via sa filiale Private Banking, ING a classé l’un de ses collaborateurs, Thierry Masset, à la 11e place, dans une rutilante Chevrolet Corvette Stingray. Pour le Chief Investment Officer, la voiture ancienne est "clairement une activité style hobby, en ligne avec la clientèle existante ou potentielle. Nous ne conseillons pas à l’achat ou à la vente".

Le marché a explosé

Très en vogue, l’oldtimer figure parmi d’autres objets de valeur, pierres précieuses, œuvres d’art, vins fins : "Ce sont des actifs sans rendement, qui ne génèrent pas de cash-flow", résume Thierry Masset. Par contre, le marché a explosé ces dix dernières années, au point que ce qui était une passion dévorante à la base, a fini par se retrouver entre des mains de spéculateurs.

La tentation de faire passer l’automobile classique au rang de placement est "liée en partie à la très forte baisse des taux d’intérêt, d’où les rendements nuls ! L’argent ne rapportant rien en nominal, pourquoi ne pas acheter un oldtimer ?"

A partir de là, plusieurs cas de figure. Le plus… classique : un bon achat qui, au cours du temps, prend un peu de valeur de revente, compensée par les frais d’entretien, de réparation, de stockage. Cela ne rapporte rien, à part le plaisir de conduire la voiture dans les plus beaux rallyes, voire sur les pistes, ce qui peut être énorme.

Mauvaises surprises

Le mauvais achat type, c’est le véhicule acheté trop cher alors qu’il est l’objet de spéculation, ou bien parce qu’il réserve de mauvaises surprises. Parfois énormes, les coûts de restauration peuvent dépasser celui du véhicule. "Ce n’est pas un mauvais calcul d’acheter une voiture en bel état", estime Thierry Masset.

Au-delà, l’objet d’art cumule qualité, rareté, intemporalité et record d’enchères. "Il y a des cycles dans les goûts des générations, analyse le CIO, avec des effets de mode touchant certaines catégories de véhicules. D’autres sont intemporels car considérés comme majeurs dans l’évolution de l’automobile ou du design."

Parmi ces icônes sur quatre roues, la Bugatti 35 ou la Mercedes-Benz 300 SL et ses portes papillon. "Dans ces cas, il y a peu de chance que la demande passe. Par contre, dans le cas d’effets de mode ou de génération, l’investissement peut s’avérer peu ju dic ieux dans le temps."

On pense par exemple à la Porsche 911 et à son ancêtre, la 356. Présentée en 1963 au Salon de Francfort, la Onze a flambé depuis son cinquantenaire. Mythique, mais pas toujours rare : "A partir d’un certain moment, la 911 a suscité un tel intérêt qu’on peut parler de spéculation. On se les arrache et puis il n’y a plus de demande, on ne trouve plus d’acheteur, le marché est saturé. La voiture classique a une certaine liquidité à la hausse, mais pas à la baisse."

Question de diffusion

Le problème de la Onze par rapport aux Ferrari des années cinquante et soixante par exemple, c’est la diffusion, sauf sur les modèles rares comme la 911R. Aujourd’hui, cette rareté est en quelque sorte organisée par les séries parfois très limitées. Par contre, la Porsche 911S 1970 que Steve McQueen a utilisée dans le film "Le Mans", 1,375 million de dollars à Monterey, le 20 août… 2011. Là c’est le pedigree qui compte, "les gens sont prêts à payer le nom ou l’histoire : une Ford GT 40 qui a couru Le Mans vaut beaucoup plus qu’une qui n’a jamais mis les roues dans la Sarthe. Et le palmarès est un plus !"

Force est de constater que, sur le haut de gamme, les prix ont monté de plus de 140 % sur 5 ans et la hausse dépasse les 500 % sur 10 ans. Faut-il craindre, notamment dans le cas de la Porsche 911, l’éclatement d’une bulle spéculative ? "On ne se rend compte qu’on est dans une bulle qu’après", philosophe Thierry Masset. Depuis quelque temps, les prix des Porsche classiques se sont stabilisés, sans s’effondrer, mais il y a certainement eu des achats surpayés ces trois ou quatre dernières années.

C’est le problème de la cote, établie pour une moyenne de prix, en bon état de marche et de présentation. Celle-ci peut être dépassée de 40 à 50 % pour des véhicules exceptionnels, ou diminuée de 60 % si la machine nécessite une coûteuse restauration. "Tout le monde pense que sa voiture vaut la cote, ou plus, et ça peut valoir des déceptions", commente Thierry Masset. Ce sont des bouillons personnels plus qu’un effondrement du marché dans son ensemble.

In fine, il faut revenir à un peu de bon sens : "Les gens parlent de ça comme si c’était un marché financier, et ce n’est pas ça. Le mécanisme de formation des prix n’est pas le même. L’oldtimer est une valeur de convenance pour des gens ayant envie d’acquérir cet actif alternatif par rapport à un appartement, par exemple."