Auto Jusqu’à dimanche, le Salon Dream Cars expose ce qui se fait de plus beau et de plus cher.

S’il y a un point sur lequel tout le monde est d’accord dans la voiture très haut de gamme, c’est que 2016 fut une excellente année, la meilleure pour certaines marques. Comme tous les deux ans, en parallèle du Salon de l’auto, de la moto et du van, le Salon Dream Cars rassemble ce qui se fait de plus beau et de plus cher sur quatre roues. Que ce soit chez Porsche, McLaren, Bentley, Rolls-Royce, Lamborghini, les ventes s’envolent.

A titre d’exemple, la BMW i8 hybride rechargeable s’est écoulée à une centaine d’exemplaires en 2016, avec un prix de base de 150 000 euros. "Mais là où c’est extraordinaire, c’est dans les budgets supérieurs, dit Stéphane Sertang (groupe Ginion, importateur McLaren et Rolls). Avec la McLaren 675 LT, on est entre 350 000 et 500 000 euros pour 1000 unités produites, coupé et cabrio confondus : "Je n’ai pas assez de voitures pour satisfaire la demande", se lamente Stéphane Sertang. Même chose pour la P1 (1 million) et la P1 GTR (2,6 millions d’euros) : "Je dois choisir mes clients, je n’ai pas reçu assez d’allocations."

Chez Lamborghini, même phénomène : "On est contingenté en Aventador, explique Thierry du Parc (D’Ieteren, Bentley et Lamborghini). On aurait pu en faire 10 de plus. Pour la Super Veloce, série spéciale limitée à 500 exemplaires pour 400 000 euros en moyenne, on a reçu des demandes de toute l’Europe."

Avec l’Alpine Renault, on reste dans le même segment sport, mais pas au même niveau prix : la série de lancement se situait entre 55 000 et 60 000 euros. Les 1955 exemplaires ont été vendus en trois jours, dont pas mal en Belgique. Alors que c’est toujours le show car Alpine Vision qui est montré au Salon, les précommandes pour le modèle de série, présenté à Genève dans un mois, ont très bien commencé.

Le succès de ces marques haut de gamme est, bien sûr, lié à leur réputation. "On sent que l’image de Lamborghini passe bien maintenant, dit Thierry du Parc. Cette marque a eu une vie très mouvementée, mais depuis sa reprise par Audi il y a une quinzaine d’années, elle a gagné en image."

La culture de l’automobile

"Il y a deux phénomènes, analyse Stéphane Sertang. Les riches ultrariches considèrent l’auto comme un plaisir et une forme de placement. Et puis l’on rentre dans la dimension artistique et culturelle du produit. Ce qui est rare, artisanal, individualisé à l’extrême intéresse au plus haut point."

Pourtant, une limousine Bentley et une supercar Lambo, ce n’est pas tout à fait la même chose. Pour Thierry du Parc, "ceux qui joignent l’utile à l’agréable, c’est Bentley. Lambo, c’est la passion extrême, et peu de gens l’utilisent quotidiennement. Par contre, il y a l’aspect communautaire de la marque, dans lequel des gens d’horizons très différents se retrouvent. La clientèle Bentley est plus individualiste".

"On a des marques attachantes", commente Stéphane Sertang. Rolls, McLaren, Ferrari en distribution, "toutes signifient une appartenance à une communauté" . "Le terme de porschiste n’est pas qu’un mot, renchérit Didier t’Serstevens, patron de Porsche (D’Ieteren) depuis… 356 jours. Les gens sont attachés à la marque. D’ailleurs, plus de deux clients sur trois rachètent Porsche, c’est énorme. Même ceux qui n’ont pas les moyens de se l’offrir font la file pour accéder au stand. La meilleure pub, c’est le public, c’est lui qui véhicule l’image."

Ce n’est pas la seule raison du succès. Plusieurs marques ont habilement su étendre leur gamme, notamment en s’engouffrant dans le segment SUV (sport utility vehicule, 4x4). Après le Cayenne, Porsche rencontre un formidable succès avec le Macan, qui représente un tiers des ventes, la même proportion que le Bentayga pour Bentley. Maserati a lancé le Levante tandis que Lamborghini peaufine ce qui porte encore le nom de code Urus.

La première Porsche était électrique

De gros véhicules qui polluent bien fort ? Chez Porsche, on n’oublie pas que la première voiture du fondateur, Ferdinand, était la Lohner-Porsche à moteur-roue électrique. Sans compter l’exclusive 918, Panamera et Cayenne sont disponibles en hybride rechargeable. Le reste de la gamme va suivre, en attendant la berline tout électrique esquissée par la Mission E, qui a Tesla dans le collimateur.

Rolls a aussi tâté de l’électricité avec la 103EX. "Je suis convaincu que les choses peuvent changer, dit Thierry du Parc, mais dans notre catégorie de voitures, les gros cubes Lambo et Bentley auront toujours leur place." Dominique Simonet