Auto Si la Belgique produit assez d’électricité, des contraintes techniques et régulatoires se posent.

La Creg, le régulateur fédéral du secteur énergétique, a publié une analyse mettant en exergue que la Belgique produit suffisamment d’électricité pour accueillir 1, voire jusqu’à 2 million(s) de véhicules électriques sur nos routes. A condition que leurs batteries soient rechargées durant la nuit ou le week-end, aucun moyen supplémentaire de production d’électricité n’est donc nécessaire.

Le calcul de la Creg se veut très théorique : le régulateur prend comme hypothèse que chaque véhicule électrique parcourt 41 kilomètres par jour, qu’il dispose d’une batterie de 50 kWh et qu’il consomme 0,20 kWh/km. Avec 1 million de véhicules électriques sur nos routes, la consommation nationale d’électricité n’augmenterait que de 3,8 %, ce qui est largement absorbable la nuit ou le week-end.

Mieux, la Creg estime que la présence de 100 000 véhicules électriques dans notre parc automobile permettrait de doubler la capacité de stockage d’électricité en Belgique. En effet, les prélèvements effectués par les batteries des véhicules pourraient être restitués plus tard, lorsque le réseau en a besoin. Or on sait qu’accroître les capacités de stockage est nécessaire pour gérer l’intermittence des énergies renouvelables, appelées à monter en puissance dans les années à venir.

Cette estimation de la Creg se veut, elle aussi, très théorique. En prenant pour hypothèse qu’un véhicule parcourt 41 km par jour, la Creg en déduit qu’il n’utilise qu’un sixième de la capacité de sa batterie quotidiennement. En conséquence, environ 80 % de la capacité des batteries peut être utilisée pour recharger le réseau quand il en a besoin.

Si ces estimations sont intéressantes, il reste que pas mal d’obstacles techniques et régulatoires ne sont pas pris en compte par la Creg. "C’est une estimation théorique", nous confirme le porte-parole du régulateur.

Des véhicules pas adaptés ?

Premièrement, un incitant financier est nécessaire pour encourager les propriétaires de véhicules électriques à charger leur batterie au bon moment. Si toutes ces voitures se mettaient à recharger durant la pointe de consommation du soir, elles risqueraient d’accentuer le risque de pénurie d’électricité. "Le moment du chargement est crucial", confirme d’ailleurs la Creg.

Or il existe aujourd’hui peu d’incitants financiers pour encourager le rechargement au bon moment. "Des compteurs intelligents sont nécessaires, confirme Damien Ernst, professeur à l’ULg. En effet, il faut mesurer les prélèvements et les injections ¼ d’heure par ¼ d’heure. Or cela va prendre énormément de temps pour installer ces compteurs intelligents. De même, Atrias, le projet de plate-forme informatique censée traiter les données des compteurs intelligents est dans les limbes. Et je dois ajouter que la Creg n’a pas tenu compte de la sortie du nucléaire prévue entre 2022 et 2025. Sa communication sur les véhicules électriques est beaucoup trop optimiste."

En outre, d’autres contraintes se posent avant que les véhicules électriques ne puissent être utilisés pour fournir de l’électricité au réseau lorsqu’il le faut. Comme le souligne la Creg, les voitures doivent être "power to the grid" pour remplir cette fonction : c’est-à-dire que l’électricité doit pouvoir cheminer depuis la batterie vers le réseau.

"A ma connaissance, seuls les véhicules électriques qui circulent au Japon sont power to the grid", ajoute Damien Ernst. Il y a donc encore pas mal de chemin à parcourir."

 

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