Auto Renault va-t-il fusionner avec son allié asiatique ? Des manœuvres seraient en cours.

L’action Renault progressait nettement jeudi à la Bourse de Paris après une rumeur de fusion avec son partenaire japonais Nissan, alors que les deux groupes ont déjà dit vouloir renforcer leur alliance, devenue le premier constructeur automobile mondial.

Renault et Nissan, alliés depuis 1999, discutent d’une fusion complète des deux entreprises, a affirmé jeudi l’agence Bloomberg, citant des sources proches du dossier. Carlos Ghosn, PDG de l’alliance, conduit les négociations et dirigerait la nouvelle entité, qui pourrait maintenir un double siège, au Japon et en France, selon ces sources. Cependant "aucune décision n’a été prise et les discussions, qui durent depuis plusieurs mois, risquent de ne pas aboutir", écrit l’agence.

La perspective d’une fusion était accueillie très favorablement à la Bourse de Paris, où l’action Renault gagnait jeudi matin 4,55 % à 97,35 euros. La Bourse de Tokyo, où est cotée l’action Nissan, était fermée au moment de l’annonce. Le titre a clôturé en baisse de 0,45 % à 1 094,50 yens.

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L’Etat français aura son mot à dire

Une éventuelle fusion nécessiterait l’approbation à la fois du gouvernement français, qui détient 15 % de Renault (voir notre infographie), et des autorités japonaises. Contactés par l’AFP à Paris et Tokyo, Renault comme Nissan ont dit ne pas "commenter les rumeurs et spéculations". Le ministère français de l’Economie a fait la même réponse. "Il n’y a rien de nouveau, nous voyons toujours un gros intérêt à l’alliance, mais les gens écrivent davantage à ce sujet parce que le président (français Emmanuel) Macron milite pour la privatisation de plusieurs sociétés", a déclaré à l’AFP une source proche de Nissan, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

L’alliance regroupe actuellement des entités distinctes liées par des participations croisées. Renault détient ainsi 43 % de Nissan, et le japonais possède 15 % du groupe au losange. Nissan a pris par ailleurs en 2016 une part de 34 % dans son compatriote Mitsubishi Motors, une opération qui a permis à l’alliance élargie de revendiquer le titre de premier constructeur automobile mondial l’an dernier, avec 10,6 millions de véhicules vendus.

"Pas de tabou"

Mais l’alliance repose aujourd’hui en grande partie sur la personnalité de Carlos Ghosn, président du conseil d’administration de Mitsubishi et de Nissan, tout en étant PDG de Renault et de l’alliance. L’Etat français s’est inquiété de la pérennité de l’ensemble et de l’avenir de son ancrage en France. L’actionnaire public a accepté en février un nouveau mandat de PDG de Renault pour M. Ghosn en lui demandant toutefois de préparer sa succession ainsi qu’une feuille de route sur l’avenir de l’alliance. M. Ghosn a accepté de nommer un Français, Thierry Bolloré, un fin connaisseur de l’Asie, comme numéro deux, et probable futur successeur à la tête du constructeur au losange. Dans une interview à l’AFP, M. Ghosn avait déclaré en février qu’il fallait "continuer la convergence entre les trois entreprises", "tout en les laissant assez autonomes chacune sur ses marchés, et chacune dans son pays, dans sa culture". "Tout est sur la table. Il n’y a pas de tabou, pas d’interdit", avait-il affirmé au sujet d’éventuelles modifications des niveaux des participations croisées entre les partenaires.