Batibouw 2018 Parmi les thématiques de Batibouw figure la maison connectée. Au sein de laquelle la bataille fait rage entre domotique et Internet des objets. Dossier.

CE JEUDI, LE SALON BATIBOUW ouvre ses portes pour la 59e fois à Brussels Expo, sur le site du Heysel. Grand-messe des nouveautés en matière d’aménagement intérieur, de construction et de rénovation, l’événement prend ses quartiers 11 jours durant, en ce compris deux week-end (24-25 février et 3-4 mars).

L’occasion pour les visiteurs de découvrir, voire redécouvrir une technologie qui a une bonne vingtaine d’années mais dont on parle beaucoup récemment : la domotique. Car, en sus des dispositifs filaires, d’ores et déjà bien implantés sur le marché, de nouveaux challengers se sont fait une place à leurs côtés : les objets connectés à distance, l’"Internet of things" (IoT) ou Internet des objets.

Complémentaires ou concurrents ?

Cette nouvelle forme de domotique, sans fil, est en plein boom et agite des géants tels que Google, Amazon, Apple, Samsung ou Ikea, bousculant les règles et… faisant de l’ombre aux systèmes filaires. Jusqu’à les éclipser totalement ? Pour Pierre Pozzi Belforti, titulaire du cours "Immobilier et technologies" de l’Executive Programme en Immobilier de Solvay, "actuellement, une transition a lieu entre les deux technologies". Il précise : "à l’instar de la voiture électrique, qui ne parvient pas encore totalement à s’imposer, les dispositifs sans fil proposent une révolution encore difficile à appréhender. Elle n’est pas encore totalement aboutie lorsque l’on parle de sécurisation. C’est pourquoi certaines personnes préfèrent toujours utiliser du filaire et parfois le faire fonctionner de concert avec des appareils sans fil. Un peu comme la voiture hybride".

Au sein de l’organisation de Batibouw, on préfère d’ailleurs parler "d’immotique, ‘home automation’ ou, mieux encore, de connectivité au sens le plus large". Bart Van Den Kieboom, porte-parole de Batibouw, insiste sur le fait que les deux technologies sont actuellement bien présentes sur le salon et proposent des solutions complémentaires.

Pierre Pozzi Belforti ajoute tout de même : "Je pense que la technologie filaire sera dépassée dans quelques dizaines d’années. Les entreprises peuvent difficilement rivaliser avec des grands groupes qui savent s’adapter très rapidement aux nouvelles technologies. Le cloud permet sans cesse de nouvelles choses et les nouveaux systèmes de transmission de données, comme la 5G, permettront de développer et de faire fonctionner des senseurs plus intelligents de manière sécurisée. L’Internet des objets est donc un concurrent de taille pour la domotique filaire".

A noter que l’Internet des objets a bien d’autres applications que la domotique. Les voitures, les éclairages publics, les routes et, surtout, les smartphones font également partie de cet univers. La domotique de demain devra donc tirer profit de ces éléments pour servir au mieux ses occupants.


Système filaire ou en réseau : que choisir ?

Les deux courants principaux dans le secteur de la domotique - filaire ou sans fil - se disputent le marché et offrent des solutions aux conditions variables.

Le filaire : plus sécurisé mais moins adaptable

La technologie filaire est la première a avoir rendu possible cette révolution de l’habitat qu’est la maison intelligente. Installé lors de la construction du bâtiment ou à l’occasion de la rénovation profonde d’un bien, ce système crée un réseau local entre plusieurs objets connectés grâce à des fils passant dans les murs, les sols et les plafonds de l’habitation. Si l’installation s’avère parfois lourde, notamment lors de travaux de rénovation, ce type de produit a plusieurs qualités. "La domotique filaire offre un service sur mesure, bien souvent design, qui plaît à nos clients. Notre système est prêt à l’utilisation dès son installation et, surtout, il est très simple à comprendre. Le fait de recourir à des connectiques filaires garantit une communication parfaite entre les objets ainsi qu’un apport en énergie électrique constant", explique Stéphane Willaert, responsable au sein de l’équipe de product management pour les partenariats de Niko, une des entreprises leader du secteur. La maison peut donc être contrôlée via une télécommande située en son sein, voire via son smartphone en se connectant à distance au réseau local de la maison de manière sécurisée.

Car une des composantes les plus importantes de ces nouvelles technologies est la sécurité. Que deviennent les données que je transmets à ma maison et peut-on agir sur mon habitat à mon insu ? Stéphane Willaert ajoute : "passer par du filaire, c’est également avoir une sécurité accrue pour l’utilisateur là où des objets connectés à distance peuvent être piratés plus facilement." En pénétrant un réseau distant, une personne pourrait alors capter les informations transitant entre les différents objets connectés, voire leur donner des ordres.

L’Internet des objets s’invite sur le marché

Les objets connectés à distance font leur entrée sur le marché. Ils composent un réseau intelligent dans un bien sans nécessairement réaliser de lourds travaux. Pratique en cas de déménagement. Actuellement, ces objets, à la fois senseurs et adaptateurs s’installent sur les éléments à contrôler (tels que les radiateurs, la chaudière, les lampes ou les volets, par exemple) et fonctionnent grâce à des commandes envoyées par un ordinateur central. Dans la plupart des cas, les utilisateurs utilisent des assistants intelligents fonctionnant au son de la voix. Ainsi, il suffit de dire "éteins les lampes dans la chambre à coucher et mets la musique dans la cuisine" pour que les différents objets réagissent en fonction.

Magique ? Presque. Généralement, ces réseaux requièrent du temps et des manipulations parfois poussées de la part du propriétaire pour les faire fonctionner. On est donc bien loin du "plug and play". Côté positif, il s’adapte et évolue plus facilement qu’un système filaire à mesure que les assistants se perfectionnent, comme l’explique Maxime Parein, product manager spécialisé dans les logements chez Samsung : "chaque année, on est obligé de suivre les tendances des utilisateurs. Chez Samsung, nous voulons continuer à augmenter la gamme des produits connectés. Cette année, nous allons proposer un frigo connecté, une machine à laver connectée et un four connecté. Le but est d’offrir à l’utilisateur une expérience sans cesse améliorée année après année"

Deux problèmes de sécurité pour le prix d’un

Qui dit sans fil, dit généralement des problèmes de transmission et de sécurité. La plupart de ces objets connectés correspondent entre eux via un réseau local tel que le Wifi. Un fonctionnement gourmand pour les batteries et approximatif en fonction de la grandeur du logement et du positionnement du rooter. Par exemple, la connexion ne passera peut-être pas dans la cave mais pourra être captée par un pirate garé à l’extérieur de la maison. Sans parler du fait que les données passent par le cloud de grandes entreprises pour être traduites en commandes informatiques. Des réseaux distants sur lesquels les utilisateurs ont actuellement peu de pouvoir. Il est à noter que l’Union européenne s’apprête à valider une directive protégeant les données des utilisateurs européens stockées dans ces clouds. Quoi qu’il en soit, les leaders du marché, tels que Somfy assurent qu’ils "testent leurs systèmes grâce à des pirates compétents qui essaient de s’introduire dans les logiciels des produits" pour palier à tous problèmes et détournement de données éventuels.


Quel type de domotique pour quel investissement ?

Rendre son habitation intelligente a un coût. Quid du retour sur investissement ? Tout dépend du niveau de confort que l’utilisateur veut obtenir. Selon les résultats d’une étude réalisée par iVOX pour le compte de la société de domotique Somfy en 2013, les objets que les Belges voudraient automatiser en premier sont le chauffage (79 %), l’éclairage (71 %), la porte de garage (54 %) et les volets roulants (50 %). Toujours selon la même étude, automatiser sa maison procure un sentiment de plus grande sécurité pour 22 % des sondés et 42 % disent réfléchir à l’automatisation de leur maison, point qui figure dans le top 6 de leurs plans d’investissement.

Un investissement à la hauteur du bien

A première vue, la majorité des Belges s’intéresseraient donc à des automatisations pratico-pratiques plutôt qu’à des systèmes ciblant en priorité le confort. Les leaders du secteur l’ont bien compris, qui proposent en général dans leur offre de base la gestion des lumières, du chauffage voire des volets, facture raisonnable à la clé. Du côté des systèmes filaires, on parle de "20 à 25 % du budget de l’installation électrique d’un bâtiment lors de sa construction pour installer le système de base" selon Stéphane Willaert de chez Niko. Soit un quart ou un cinquième d’une somme avoisinant les 5 000 à 7 000 euros. Dans le cas d’une rénovation, la facture augmenterait légèrement.

De plus, le filaire, privilégié dans les grands bâtiments du secteur tertiaire, administratifs ou dans les écoles, permet également de réaliser de belles économies d’énergie qui, peu à peu, amortissent les coûts de l’installation.

Pour le système non filaire, la facture est généralement moins lourde, avec seulement quelques centaines d’euros pour un pack de base : l’appareil central et quelques adaptateurs intelligents. Mais le prix peut rapidement augmenter à mesure que de nouveaux adaptateurs sont achetés pour animer toujours plus d’objets. Il convient donc de cibler ses besoins avant d’investir.

Une technologie à double tranchant en cas de revente

"Si la présence d’un système domotique dans un bien à vendre peut représenter un argument décisif lors d’une vente, il ne fera pas forcément monter le prix du bien", explique Sylvain Couchant, directeur de l’agence Century 21 Ever One. "C’est dans l’air du temps et de plus en plus de personnes s’y intéressent, mais peu de promoteurs osent encore investir dans ces technologies" ajoute-il. La domotique attire souvent les particuliers en quête de biens d’exception. A nouveau, Pierre Pozzi Belforti met en garde : "On peut presque déjà tout automatiser, tout sécuriser, du portail à la piscine, au spa et à la personnalisation de l’ambiance dans chaque pièce de la maison à mesure que le propriétaire se déplace dans la maison avec son smartphone mais il faut faire attention. Une domotique trop personnalisée risque de rendre une vente difficile car une personne qui a les moyens de s’acheter ce type de bien préféra créer son propre confort plutôt que de vivre dans celui créé par une autre personne."