Batibouw 2018

Il y a de cela quelque 30 ans, dans les années 90, les banques belges actives sur le marché du crédit hypothécaire avaient pour habitude de déterrer la hache de guerre à l’approche du salon Batibouw. Et de jeter l’assaut par campagnes commerciales interposées en se revendiquant de pratiquer les meilleurs taux d’intérêts du marché.

Retentissante, la dernière "guerre des taux" date de 99, qui a vu s’étriper des banques prêtes à tout pour gagner des clients et des parts de marché. Un ultime baroud d’honneur qui leur a coûté cher et leur a laissé un souvenir amer.

Au début des années 2000, l’amorce de la baisse historique des taux d’intérêts hypothécaires et, de facto, celle des marges bénéficiaires des banques a eu pour effet de déplacer leur combat sur un autre champ de bataille : celui de… l’imagination. Leurs armes ? Des formules avantageuses et des offres sur-mesure avec un mot d’ordre : la flexibilité. Les crédits "souples", adaptés aux aléas de la vie et du… portefeuille de leurs clients se sont donc mis à fleurir dès le mois de février, pour faire les yeux doux aux visiteurs du salon à la tortue.

1,65 % pour un 20 ans fixe

Avec le temps, ces hostilités volontairement affichées se sont graduellement taries, jusqu’à disparaître au tournant des années 2010. Du moins sur la place publique. Car la bataille s’effectue désormais directement en agences, les candidats-emprunteurs étant invités à "faire leur marché" et activer la concurrence en remplissant leurs paniers eux-mêmes.

Mais, voici deux ans, avec l’avènement du crédit hypothécaire octroyé en ligne, les banques semblent avoir repris leurs habitudes belliqueuses… sur Internet.

BNP Paribas Fortis a été la première à y promener ses étendards avec l’application "Hello home !", lancée en janvier 2016 par sa filiale numérique "Hello bank !". KBC/CBC est aussi présente sur ce marché, mais réserve ce biais à ses seuls clients, pas à ceux qui aspireraient à le devenir. Enfin, le troisième challenger n’est autre que Keytrade Bank, qui a brandi, avec son offre de crédit KeyHome, un taux d’affiche minimal de… 1,65 % (pour un 20 ans fixe) lors son arrivée avec force et fracas sur la Toile, en juin 2017. De quoi reléguer alors Hello bank ! (1,80 %) et KBC (2,58 %) dans l’ombre.

Plus de guerre qui tienne

Très rapidement toutefois, dans les premiers mois ayant suivi son entrée sur le marché, Keytrade a revu son taux en le remontant drastiquement, à 1,76 %, puis à 1,93 %. La raison ? La banque s’est retrouvée… victime de son succès, assaillie de milliers de demandes alors qu’elle en attendait des centaines. Aujourd’hui, son taux d’affiche est retombé à 1,73 %, tandis qu’Hello Bank ! a fait chuter le sien à… 1,65 %.

Soit exactement celui avec lequel Keytrade avait attaqué le marché. Coïncidence ? Oui, si l’on en croit Valéry Halloy, porte-parole de BNB Paribas-Fortis, qui nie quelque engagement que ce soit dans une guerre des taux en ligne. "Les taux et les marges ne sont guère élevés. Chaque banque doit trouver son équilibre et, de manière générale, le marché reste stable", argue-t-il. Tout en reconnaissant qu’Hello Bank ! se positionne avec des taux extrêmement agressifs, et pas seulement à l’approche de Batibouw. "Depuis l’été 2017, nous suivons l’évolution du marché chaque semaine afin de nous assurer de rester compétitifs", indique-t-il.

De son côté, Keytrade déclare ne pas être plus stimulé par Batibouw que par les taux bas d’Hello Bank !, évitant un surenchérissement et donc, la confrontation directe. "Nous misons simplement sur la transparence du calcul de nos taux et sur une communication claire et sans surprise envers nos clients", détaille Roel Vermeire, son porte-parole.

Cross selling

Car ce n’est pas tout de comparer des taux. Les candidats-emprunteurs doivent aussi tenir compte du "cross selling", soit le fait de conditionner un taux avantageux à des produits connexes : la domiciliation du ou des salaire(s), la prise d’une assurance solde restant dû et celle d’une assurance incendie. En la matière, Keytrade offre une totale liberté à ses clients, tandis que Hello Bank ! impose le package complet (lire ci-contre).