Batibouw 2018 Les banques devront augmenter leurs fonds propres. Avec quel effet ?

EN 2018, CELUI QUI EMPRUNTERA une quotité supérieure à 80 % de la valeur du bien immobilier acheté devra-t-il payer d’office plus cher que celui qui emprunte une quotité de 60 % ? Aura-t-il même accès à un crédit-logement ? Ils sont nombreux, notamment dans les rangs de l’opposition, à avoir exprimé cette crainte quand la presse a fait écho d’une mesure prudentielle préconisée par la Banque nationale (*). Mesure qui a fait un tel tollé que la BNB a été obligée de revoir sa copie à la demande du Premier ministre Charles Michel (MR).

C’est ainsi qu’une mesure revue et corrigée a été présentée par la Banque nationale et approuvée par le gouvernement fin décembre 2017. Elle prône un renforcement des fonds propres des banques plutôt par rapport au profil de risque du portefeuille global de crédits hypothécaires que par rapport au profil de risque des prêts hypothécaires individuels. De quoi répondre aux critiques selon lesquelles la mesure initiale allait mettre à mal ceux qui sont obligés d’emprunter un maximum, à commencer par les jeunes.

Arrêté royal en avril

Mais il ne suffit pas d’avoir le feu vert du gouvernement. La mesure doit aussi être soumise aux différentes autorités européennes dont la BCE, qui a déjà fait savoir qu’elle n’avait pas d’objections. D’autres instances telles que la Commission européenne doivent encore donner leur approbation. Sauf surprise de dernière minute, un arrêté royal devrait être signé d’ici avril.

Les banques belges devront ainsi augmenter leurs fonds propres de 570 millions d’euros, selon les calculs de la Banque nationale. Montant qui s’ajoutera aux 900 millions qu’elles avaient déjà dû sortir en 2014 suite à une mesure similaire prise du temps du gouvernement Di Rupo.

Baisse des tarifs

Vont-elles être poussées à augmenter leurs taux d’intérêt pour les emprunts avec une quotité supérieure à 80 % ? Pour répondre, Jean Hilgers, membre du comité de direction de la BNB, se réfère aux évolutions passées du marché, qui sont plutôt rassurantes. "On a constaté une baisse des tarifs tout en sachant qu’il y a beaucoup de facteurs qui jouent sur les prix. Les marges d’intermédiation ont légèrement baissé. Ce qui montre que le marché est assez concurrentiel", souligne-il. Autre constat : le volume des crédits est en hausse de 5 % en 2017.

Du côté de Febelfin, la fédération du secteur financier, on estime que la mesure est "déjà quelque part anticipée", nous explique le porte-parole Rodolphe de Pierpont. Traduction : le secteur a intégré la demande des autorités prudentielles d’octroyer des crédits sains et durables. Et il n’y aurait pas "vraiment" d’effet sur le marché pour ceux qui empruntent une quotité supérieure à 80 %. Même s’il ne faut pas exclure des petites hausses de tarifs, comme l’a aussi fait comprendre le CEO d’ING Belgique, Erik Van Den Eynden.AvC

(*) Selon les chiffres de Febelfin, les crédits-logements avec une quotité supérieure à 80 % représentent environ 20 % du total.