Batibouw 2018

BNP Paribas Fortis a analysé son portefeuille de crédits hypothécaires. Celui-ci est porté par les moins de 30 ans, qui signent un crédit sur quatre. Et par les plus de 55 ans, qui en signent un sur dix. Une hausse annoncée des taux ne devrait pas changer la donne.


Pas simple de faire des projections sur les taux d’intérêt hypothécaires quand on sort de trois jours de fortes turbulences boursières. Le hasard du calendrier n’a pas servi BNP Paribas Fortis. La banque, leader du marché hypothécaire belge avec une part de quelque 25 %, avait choisi la date de sa conférence de presse en fonction du salon Batibouw (Heysel, 22 février- 4 mars). Elle est tombée au lendemain des grosses secousses sur les principales places boursières du monde.

Jusqu’il y a quelques jours donc, les experts de BNPPF comptaient prédire une hausse du crédit-logement d’environ 0,50 %, à un rythme très lent et plus sur le 2e semestre de l’année. De quoi porter les taux fixes d’une durée supérieure à 10 ans de quelque 2 % à 2,50 %. Pour un prêt de 150 000 euros, un 10 ans fixe qui serait tarifé actuellement à 1,50 %, par exemple, et passerait à 2 %, exigerait un coût mensuel supplémentaire de quelque 33 euros. Un 20 ans fixe qui passerait de 2 à 2,50 % exigerait, lui, 35 euros de plus chaque mois.

Hausse, oui, mais forte ou faible ?

Mais voilà. Depuis deux, trois jours, plus personne n’ose se lancer dans de telles prévisions. "Nous sommes dans l’attente", confirme Sébastien Degand, responsable des crédits aux particuliers chez BNPPF. "On ne sait plus se projeter. Doit-on s’attendre à une hausse fulgurante ou pas ? Et quand ?"

Une hausse brutale des taux pourrait, bien entendu, influencer la demande, et, in fine, les prix. Mais pas si celle-ci reste lente et confinée. "La demande est restée stable en 2017, et devrait alors le rester, ajoute Sébastien Degand. Notamment du fait de la faible mobilité des emprunteurs. La Belgique est petite et ils ne déménagent pas pour un rien, pas même pour un nouveau boulot." Il s’attend toutefois à un ralentissement en Flandre durant le 1er semestre, "afin de pouvoir bénéficier des avantages des modifications dans le calcul des droits d’enregistrement".

Toujours en matière de perspectives pour 2018, BNPPF compte toujours que le marché immobilier profitera du vieillissement de la population.

Comme il en a d’ailleurs profité l’an dernier, de même que ces 5 à 7 dernières années. "L’an dernier, le nombre de crédits accordés aux plus de 55 ans - que la banque qualifie de "Baby Boomers", NdlR - a bondi de 7 %, poursuit-il. Ils ont conclu 10 % de nos prêts." Leurs "marottes" immobilières : des crédits de courte durée (10 ans) puisqu’ils amènent beaucoup de fonds propres (43 %), à taux fixes, mais plus souvent que d’autres à taux variables, qui n’empiètent que sur 30 % de leurs revenus, en vue d’acquérir une seconde résidence, un bien d’investissement ou un appartement pour leurs vieux jours. Ce sont d’ailleurs ceux qui, comparativement aux deux autres grands types d’emprunteurs que sont les "Millennials" (moins de 30 ans) et les célibataires et familles monoparentales, optent davantage pour le neuf.

Les autres ont aussi leurs penchants immobiliers, qui, comme pour les plus de 55 ans dépendent de leurs budgets (voir ci-dessous). Des budgets qui ne semblent pas avoir empêché qui que ce soit d’investir dans la brique en 2017. Pas même les plus jeunes. "Au cours des cinq dernières années, confirme Sébastien Degand, le nombre de crédits accordés aux jeunes de moins de 30 ans a connu une croissance de 26 % !" Quoi qu’on dise, certains s’y prennent d’ailleurs très tôt puisque leur moyenne d’âge est de moins de 27 ans.

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