Conjoncture

On le savait dans le viseur de la justice montoise depuis un petit temps. Précisément depuis que le metteur en scène louviérois, Franco Dragone, avait été inculpé en avril 2016 - outre pour fraude fiscale grave et organisée et pour blanchiment de capitaux - pour corruption de fonctionnaire. Selon nos informations, l’acte d’inculpation du chef de corruption le concernant est quant à lui tombé en juin dernier, soit quelques jours avant les vacances judiciaires. Luc Joris devrait ainsi comparaître devant le tribunal correctionnel de Mons vers la fin de l’année 2017.

L’homme, alors membre du Conseil d’administration de la Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW), est soupçonné d’avoir accepté une invitation tout droit venue de Franco Dragone à s’envoler en jet privé pour Las Vegas afin de prendre part à un concert de Céline Dion en échange de l’octroi facilité d’un prêt wallon à la société belge de Dragone, Productions du Dragon (PDD). L’artiste louviérois avait quant à lui été inculpé pour corruption… de ce fonctionnaire. Dans l’éventualité où Luc Joris devait être condamné par le tribunal montois - précisons qu’il jouit aujourd’hui de la présomption d’innocence - "il se verrait contraint et forcé de démissionner de tous ses mandats publics", nous confie une source judiciaire.

Une société de conseil en évasion fiscale

Pour rappel, Luc Joris, administrateur étiqueté PS de plusieurs sociétés publiques, avait renoncé en mars 2015 à ces mandats. Selon les informations révélées alors par le "Soir Mag’", l’homme qui siégeait à la SNCB, à la FN Herstal et à la SRIW détenait également une société au Grand-Duché de Luxembourg - qu’il gérait depuis Bruxelles - du nom de "Bremco Management", active dans le conseil et la consultance en évasion fiscale et opérant comme "paravent" pour un groupe de Hong Kong. Considéré par ailleurs comme un proche de l’actuel président du PS, Elio Di Rupo, Luc Joris (qui n’est toutefois pas membre du parti socialiste) avait ainsi démissionné des mandats précités "pour raisons personnelles". Elio Di Rupo avait, pour sa part, déclaré ne pas être au courant de l’existence de cette société luxembourgeoise.

Outre cet épisode, le nom Luc Joris était revenu au devant de l’actualité fin de l’an dernier dans les colonnes du magazine d’investigation "Médor" qui, sur base d’une succession de témoignages anonymes, avait dépeint un Luc Joris s’immisçant sans cesse dans les affaires immobilières d’Eurostation, une filiale de la SNCB chargée des gares flamandes et bruxelloises. Par ailleurs, Luc Joris a été l’artisan, en tandem avec Jean-Claude Fontinoy (président du CA de la SNCB et conseiller du vice-Premier ministre MR Didier Reynders) du montage du projet de la gare de Mons.

Le silence assourdissant de la SRIW

Pour revenir au chef d’inculpation dont M. Joris fait l’objet dans le cadre de son ancien mandat d’administrateur de la SRIW, soulignons que la décision de cette dernière d’octroyer un prêt public de 2 millions d’euros à la société de Franco Dragone avait été prise en novembre 2011, en l’absence de l’intéressé. Constituant aujourd’hui l’un des plus gros créanciers de Productions du Dragon (actuellement en procédure de réorganisation judiciaire), on comprend mieux à présent le silence assourdissant de la SRIW dans ce dossier. Malgré notre insistance, précisons enfin que le conseil de Luc Joris, Me Doutrelepont, n’a pas donné suite à nos sollicitations.