Conjoncture

Lorsque la reine Mathilde vante les mérites de la Belgique pour séduire les touristes japonais, elle se plaît à évoquer "les grands peintres, tels que Brueghel, Magritte ou Delvaux; nos formes architecturales, comme l’Art déco et l’Art nouveau; et, bien sûr, nos villes médiévales." Il paraît que les Japonais adorent Bruxelles, Bruges ou Gand.

Mais, surtout, "leur obsession, c’est la sécurité", commente Rudi Vervoort (PS), le ministre-Président bruxellois. Alors, quand Bruxelles et la Belgique sont frappées de plein fouet par des attentats terroristes, le 22 mars dernier, il ne peut que constater que les touristes nippons désertent sa région, son pays, toute l’Europe.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si les baisses de fréquentation dans les hôtels touchent toutes les nationalités, elle est particulièrement criante concernant les Japonais. Selon les données transmises par Wallonie-Bruxelles Tourisme (WBT), il y a eu environ 40 % de nuitées en moins à Bruxelles et en Flandre au premier semestre 2016 par rapport à la même période en 2015. Et environ 30 % en moins en Wallonie.

"Cette réalité touche toute l’Europe", explique Fabrice Deruysscher, le président de WBT. La situation à Paris, par exemple, est apparemment bien pire. "Il faut savoir que 70 % des touristes japonais voyagent au travers des agences de tourisme", complète M. Vervoort. "Or, c’est elles qui définissent le programme. Si elles ne mettent pas Bruxelles sur la carte, il n’y a pas de Japonais à Bruxelles."

Opportunité de relance

La mission des représentants du secteur touristique belge participant à la visite d’Etat du Roi au Japon, vise donc à convaincre leurs homologues nippons que la Belgique est redevenue un pays sûr. "La visite royale constitue une opportunité pour le secteur de relancer le tourisme de loisirs et celui des affaires", précise Pierre Coenegrachts, directeur général adjoint de WBI. Un séminaire a eu lieu ce mercredi matin (pendant la nuit de mardi à mercredi en Belgique). Les trois régions ont unis leurs efforts pour réaliser un film de promotion commun. Et la reine Mathilde en personne a mouillé le maillot. "Je suis convaincue que nos visiteurs japonais vont apprécier les atouts de la Belgique, a-t-elle déclaré. Nous sommes impatients de leur offrir notre hospitalité, et ils méritent toute notre attention. Je voudrais tous vous encourager à venir découvrir ce que notre pays peut offrir."

Mardi, c’est Michèle Sioen, président de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), qui mettait sa pierre à l’édifice lors d’un speech prononcé devant un parterre de patrons japonais. "Terrorisme et sécurité sont devenus des enjeux globaux. Grâce aux mesures prises par les autorités fédérales et régionales, je suis convaincue que la Belgique est et reste un pays idéal et sûr pour investir." Mais, nous a-t-elle dit, "le Japon est un pays qui a très peu de criminalité". Dès lors, "ce n’est que petit à petit que la confiance reviendra".

"Les attentats font excessivement mal au tourisme", termine Rudi Vervoort. "Ça reste encore un peu difficile de rassurer les Japonais. Il faudra du temps, au moins un an ou deux, je pense." Le second semestre 2016 devrait être meilleur que le premier. Le travail de reconquête ne fait que commencer.


Daikin pourrait débarquer en Belgique

Effet Brexit. L’impact économique des attentats du 22 mars est circonscrit au secteur du tourisme au sens large, c’est-à-dire l’Horeca, le transport et l’industrie événementielle, explique Michèle Sioen, présidente de la FEB. Les grands patrons de Sony et Daikin ont confirmé, mardi, à la presse belge, juste avant un déjeuner avec le roi Philippe à Tokyo, que leur propre business n’avait pas souffert des attentats. 

En revanche, les conséquences du Brexit pourraient être favorables à la Belgique. "A moyen et long termes, nous devrons voir comment évolue la situation politique", a indiqué Noriyuki Inoue, le président de Daikin (spécialisée dans le conditionnement d’air). "Daikin a des unités de production au Royaume-Uni. Nous devrons analyser leur relocalisation vers d’autres pays européens dans les deux ou trois ans. Les candidats sont les Pays-Bas pour le système fiscal, l’Allemagne pour les infrastructures, et bien sûr la Belgique."