Conjoncture

Un article d'Isabelle de Laminne, responsable du blog Money Store.

Le processus de vieillissement de la population ne touche pas que les pays développés. Des pays comme la Chine et le Japon connaissent aussi un changement dans leurs pyramides des âges. Aujourd’hui, le vieillissement de la population s’accélère de façon synchronisée à travers le monde. Parallèlement à ce phénomène, on assiste à un allongement de l’espérance de vie. Ces changements démographiques ont des implications économiques non négligeables.

Quand on analyse ces évolutions, le premier aspect qui est évoqué, non sans crainte, est l’adaptation des systèmes de retraites. Mais au-delà de cette préoccupation, d’autres facteurs économiques sont sensibles à cette mutation. C’est ainsi que les paniers de consommation évoluent avec l’âge. On constate également un déclin de la croissance au niveau mondial. Mais un autre phénomène inquiétant se profile en raison du vieillissement de la population : le déclin de l’épargne. « L’économie mondiale est au bord d’un déclin à long terme de l’épargne des ménages en raison d’un processus mondial de vieillissement qui devrait s’accélérer et se synchroniser au cours des prochaines décennies », relève Benjamin Mandel, Global Strategist chez J.P. Morgan AM. Une étude réalisée par cette maison de gestion révèle que le vieillissement de la population enregistré en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon et en Chine provoquera une baisse des sommes épargnées de l’ordre de 2,6% du PIB mondial dans les 30 prochaines années.

Quelles implications aura cette baisse de l’épargne sur les taux d’intérêt ? Il semblerait que des forces contraires se confrontent. D’une part, une population globalement plus âgée, une force de travail qui croît de façon plus lente et les changements dans le panier de consommation sont des facteurs qui engendrent un déclin de la croissance mondiale. « Nous croyons que cet effet entraînera une baisse de 50 points de base des taux d’intérêt au cours des 10 à 15 prochaines années », souligne Benjamin Mandel. D’autre part, des forces poussent les taux d’intérêt à la hausse. Les revenus des retraités diminuent et leur épargne se réduit tout en étant consommée comme source de revenus. Cette baisse contracte donc l’offre d’épargne. « Cette baisse des sommes épargnées pourraient engendrer une hausse des taux d’intérêt de 25 à 50 points de base au cours des 30 prochaines années », estime Benjamin Mandel.

Il est donc difficile de prédire quelle tendance l’emportera dans le futur. « Cela dépendra de la part que prendront d’autres facteurs économiques dans cette évolution. Les gouvernements seront sans doute tenus de mettre en place des plans de retraite pour faire face à leurs obligations. Il ne faut pas non plus négliger que la croissance de la Chine reste rapide et que sa contribution dans l’épargne mondiale croît. Il faudra aussi tenir compte de l’évolution technologique qui exigera une croissance des investissements », note cet analyste. Quelles que soient les implications de ces changements sur les taux d’intérêt, cette baisse de l’épargne sera un défi majeur auquel seront confrontés nos dirigeants. Un défi qui s’inscrit dans d’autres tendances de fond dont une évolution technologique fulgurante qui bouleversera aussi nos façons de travailler et de consommer.