Conjoncture

L’économiste Bruno Colmant a reçu le prix de la foire du livre politique pour son ouvrage “L’euro, une utopie trahie ?” dimanche à Liège. Dans un entretien accordé à “La Libre”, il revient sur l’impasse dans laquelle se trouve la monnaie unique (de moins en moins commune), en exposant ses défauts, les divergences “philosophiques” des Etats membres sur l’euro et partage ses intuitions quant à l’avenir.

L’euro a été “vendu” comme un facteur de paix. Ce qui, selon vous, est un mythe…

Prétendre, comme on l’a dit, que l’euro devait sceller la paix entre les peuples n’a aucun sens : une population vieillissante ne fait pas la guerre. Quand on tire la synthèse des choses, on a conçu l’euro comme une monnaie d’épargnants dont on a voulu maintenir le pouvoir d’achat à tout prix, en limitant l’inflation. Alors qu’en fait, il y a quand même une corrélation entre l’inflation et le travail. On a donc préservé la valeur du capital, par une monnaie désinflatée, au détriment du travail. Le capital des Allemands a été protégé ­ et en plus, ils n’ont pas de chômage. La variable d’ajustement a été le chômage dans les pays du sud de l’Europe. Les Allemands leur ont imposé une dévaluation interne qui a catapulté le taux de chômage au-dessus de 20 %. La situation s’est améliorée, mais au prix d’une purge sociale effarante.


Les Etats du sud devront-ils, in fine, abandonner cette monnaie ?