Conjoncture

La Chine a enregistré en février un déficit commercial inattendu, pour la première fois depuis début 2014, à la faveur d'une envolée de ses importations, signe d'une demande intérieure robuste mais surtout des distorsions dues au nouvel an lunaire, selon des chiffres publiés mercredi uniquement en yuans.

Le commerce extérieur du géant asiatique, au coude-à-coude avec les Etats-Unis comme première puissance marchande du globe, a accusé le mois dernier un déficit de 60,4 milliards de yuans (8,8 milliards de dollars au cours actuel), ont annoncé les douanes chinoises contre un excédent de 51,3 milliards en janvier.

Le chiffre officiel en dollars, qui fait référence, n'était pas publié dans l'immédiat.

L'annonce prenait tout le monde de court: les analystes sondés par Bloomberg anticipaient un excédent de 27 milliards de dollars, alors que l'administration du président américain Donald Trump accuse toujours Pékin de manipuler sa devise pour doper artificiellement ses exportations et creuser son excédent.

Certes, le retournement de la balance commerciale s'explique avant tout par la solidité des importations: elles ont bondi de 44,7% en yuans sur un an, très loin de la hausse enregistrée en janvier (+16,7% pour le montant en dollars) et de l'anticipation du marché (+20%).

"Mais il faut prendre ces chiffres avec de grandes pincettes, étant donné le décalage du nouvel an lunaire, qui perturbe considérablement l'activité des ports et des usines, et provoque une forte volatilité des statistiques", avertit Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.

Les longs congés du nouvel an chinois, pendant lesquels usines et commerces cessent leur activité, ont débuté cette année dès fin janvier, au lieu de février en 2016, ce qui complique les comparaisons.

Pour autant, l'envolée de février traduit également "la santé de la demande intérieure, grâce à un essor des investissements, ainsi que le renchérissement des matières premières", qui gonfle mécaniquement la valeur des importations chinoises, observe Yang Zhao, analyste de Nomura.

A l'inverse, les exportations chinoises n'ont progressé que de 4,2% (en yuans) en février, très en-deçà de la hausse de 14,6% qu'anticipait le marché.

Cet inquiétant tassement intervient au moment où les exportations chinoises commençaient tout juste à se remettre de leur vertigineuse dégringolade de 2016 (-7,7% sur l'année). Elles avaient rebondi de 7,9% en janvier.