Conjoncture

Monnaie indexée sur une cryptomonnaie, nouveaux billets avec cinq zéros en moins, salaire minimum multiplié par 34, dévaluation de la monnaie de 96 % et changement de système pour le prix de l’essence : le gouvernement vénézuélien met en œuvre une série de réformes économiques.

Dévaluation et indexation

Après le lancement lundi de nouveaux billets amputés de cinq zéros, le gouvernement vénézuélien a dévoilé mardi le second volet de son plan de relance économique qui dévalue de 96 % sa monnaie, dont le nouveau nom est le bolivar souverain, par rapport au dollar. La Banque centrale a indiqué mardi que le nouveau taux officiel était de 60 bolivars souverains pour un dollar et de 68,65 pour un euro. Le chef de l’Etat Nicolas Maduro a annoncé que le bolivar souverain était indexé à la valeur du petro, la cryptomonnaie vénézuélienne avec laquelle le gouvernement entend contourner le manque de liquidités et les sanctions financières de Etats-Unis. C’est la première fois qu’un pays adosse sa monnaie sur une cryptomonnaie. Les prix et les salaires seront fixés dans ces deux monnaies. Chaque petro, selon le dirigeant socialiste, équivaut à environ 60 dollars, sur la base du prix du baril de pétrole vénézuélien, soit 3 600 bolivars souverains.

Salaire multiplié

Nicolas Maduro avait annoncé vendredi soir la multiplication par 34 du salaire minimum mensuel à compter du 1er septembre. Il s’élèvera alors à un demi-petro, soit 1 800 bolivars souverains, contre l’équivalent de 52 bolivars souverains avant la hausse. Depuis le lancement en mars du petro, les transactions avec cette cryptomonnaie sont quasi nulles et le petro reste introuvable dans les bureaux de change en ligne. En outre, les Etats-Unis ont interdit les transactions avec cette cryptomonnaie, dans le cadre de leurs sanctions. Le dirigeant vénézuélien a annoncé que l’Etat assumerait pendant 90 jours le "différentiel" de l’augmentation du salaire minimum pour toutes "les petites et moyennes industries", sans en préciser les modalités.

Cinq zéros en moins

Depuis lundi, les nouveaux billets qui comptent cinq zéros en moins que le bolivar fort, l’ancienne monnaie, sont entrés en circulation. La plus grosse coupure est de 500 bolivars souverains, l’équivalent de 50 millions de bolivars anciens (environ 7 dollars au marché noir, la référence de facto). Dans les rues de Caracas, de longues files étaient visibles aux distributeurs de billets et les Vénézuéliens commençaient à échanger avec leur nouvelle monnaie.

Contrôle des changes assoupli

Depuis lundi, est abrogée la loi qui prévoyait des amendes et des peines allant jusqu’à 15 ans de prison pour les auteurs d’opérations de change réalisées en marge du très rigide contrôle exercé par l’Etat depuis 2003. Les Vénézuéliens ont désormais trois options pour échanger des dollars. Pour les petits montants, ils peuvent se rendre dans des bureaux de change "autorisés". Ils peuvent aussi se tourner vers les banques qui sont désormais autorisées à acheter des dollars à des particuliers mais pas à en vendre. Les banques ne peuvent revendre les dollars qu’à la Banque centrale. Enfin, pour les sommes plus importantes, il existe un système d’enchères en ligne, sans plafond, alimenté par de seuls fonds privés.

Prix de l’essence

Toujours dans cet objectif de trouver des liquidités, le président Maduro va aussi augmenter le prix de l’essence, qui était jusqu’ici la moins chère du monde. Le carburant restera subventionné pour les seuls détenteurs d’un carnet de la patrie, carte qui donne accès aux aides de l’Etat. L’opposition dénonce un renforcement du mécanisme de contrôle social. Les Vénézuéliens ont jusqu’au 30 août, nouveau délai fixé par le gouvernement, pour faire recenser leur véhicule. Ceux qui refuseront de le faire devront payer l’essence au "prix international", a prévenu Nicolas Maduro, sans préciser ce qu’il entendait par là. Actuellement, avec un dollar échangé au marché noir, un Vénézuélien peut s’acheter près de sept millions de litres d’essence, à un bolivar l’unité, mais seulement 1,5 litre de Coca-Cola.  


Une bien curieuse cryptomonnaie

Le petro. A la recherche de liquidités et d’une monnaie plus stable que le bolivar, coupable de voir sa valeur alignée sur la crédibilité d’un pays surendetté en dollars, le président du Venezuela a eu l’idée de créer une cryptomonnaie. Celle-ci est comparable au bitcoin, mais elle a l’avantage d’être adossée à la principale richesse du pays : le pétrole. Techniquement, elle est basée sur la plateforme de l’Ethereum, une autre cryptomonnnaie. Le petro a été créé et ouvert aux souscriptions en février dernier et a permis en théorie au Trésor de lever 5 milliards de dollars. En théorie, parce qu’une partie de la vente aurait été effectuée avec un rabais important. Selon le "white paper" décrivant la nouvelle monnaie, une première pour un Etat souverain, un petro vaudrait 60 dollars, soit le prix d’un baril de pétrole vénézuélien. Le procédé n’est pas idiot puisqu’il permet théoriquement d’effectuer des transactions sécurisées, mais l’accès à cette cryptomonnaie n’est pas évident pour la population.