Conjoncture

La Creg, le régulateur fédéral du secteur de l’énergie, a publié son rapport annuel 2016. On y observe que les capacités de production d’électricité installées en Belgique n’ont cessé de décliner ces dernières années. Cette évolution s’explique principalement par la fermeture de centrales au gaz non rentables. La tendance s’est poursuivie, en 2016, avec la fermeture de la dernière centrale au charbon du pays à Langerlo.

En quatre ans, 2000 MW de capacités de production ont été perdus, soit l’équivalent de deux réacteurs nucléaires. A cela pourrait s’ajouter quatre centrales, pour un total de 600 MW, qu’EDF Luminus envisage de fermer en 2017.

Si le redémarrage de Doel 3 et Tihange 2 a éloigné le risque de pénurie d’électricité à court terme, la situation reste donc tendue à moyen et long termes. Surtout en prévision de la sortie du nucléaire (6000 MW), toujours officiellement prévue entre 2023 et 2025.

En additionnant toutes les capacités de production raccordées au réseau Elia (quand elles sont opérationnelles), la Belgique disposait grosso modo de 14 000 MW en 2016 (voir infographie), sans compter la réserve stratégique de 750 MW. Or, la consommation est montée jusqu’à 12 734 MW, le 19 janvier 2016 entre 17h45 et 18h.

Des conséquences concrètes pour les consommateurs

La marge n’est pas énorme. Aux heures de pointe en hiver, la Belgique a largement compté sur ses importations, en 2016, pour assurer son approvisionnement en électricité. Le volume maximal des importations a été atteint en décembre dernier. A ce moment-là, la Belgique a importé pour 3 982 MW depuis les Pays-Bas, alors qu’Elia estime que la capacité maximale d’importation est théoriquement de 4500 MW.

Par ailleurs, la façon d’assurer la sécurité d’approvisionnement à long terme de la Belgique semble faire l’objet d’une divergence de vues entre Elia et la Creg.

Selon la Creg, Elia sous-estime le potentiel de la gestion de la demande ainsi que le développement des capacités d’importation d’électricité depuis nos pays voisins. Pour mémoire, la gestion de la demande consiste à organiser une diminution de la consommation de certaines entreprises pour répondre aux pics de demande d’électricité.

Si ce débat semble très technique, il a des implications très concrètes pour les consommateurs et les entreprises. Si Elia est effectivement trop prudente sur la gestion de la demande et les importations comme l’affirme la Creg, cela implique que la Belgique aura besoin de davantage de centrales au gaz pour assurer son approvisionnement électrique.

Eviter le scénario de 2014-2015

Or, la présence de ces centrales au gaz pourrait passer par une augmentation de la taille de la réserve stratégique qui est financée par les ménages et les entreprises. Ou bien par un mécanisme de subsidiation sur lequel planche la ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem (MR).

"La Creg se place du côté des consommateurs, elle ne veut pas que la facture augmente inutilement, résume un observateur du secteur. De son côté, Elia est prudentissime en ce qui concerne la sécurité d’approvisionnement. Elle ne veut pas revivre l’épisode de 2014-2015 où on ne parlait que de risque de black-out, ce qui est néfaste pour son image."

D’autres estiment qu’un délestage serait si néfaste à notre économie qu’il ne faut pas prendre le moindre risque. Toujours est-il que la Creg demande à Elia d’effectuer une mise à jour bisanuelle de son étude sur la sécurité d’approvisionnement pour vérifier que ses hypothèses ne sont pas trop sévères.