Conjoncture On le sait, le secteur agricole connaît de lourdes difficultés. En 35 ans, la Belgique a perdu les deux tiers de ses fermes. Le prix des terres connaît une flambée. Les agriculteurs, particulièrement laitiers et éleveurs, font face à une chute des prix, rendant leur activité de moins en moins rentable.

Fedagrim, la Fédération belge des fournisseurs de machines, bâtiments et équipements agricoles, s'en inquiète. "Une agriculture qui se meurt constitue non seulement un problème pour les agriculteurs, mais également pour nous tous. Si notre agriculture disparaît, nous ne pourrons en effet plus assumer nos besoins en nourriture", écrivent ses responsables dans un communiqué publié jeudi. L'association propose alors un Pacte agricole, une stratégie en dix mesures concrètes, qui, selon elle, permettrait à l'agriculture belge d'être "équitable et viable".

1. La création d’un observatoire des prix agricoles

Face à des prix qui ne sont plus justes, Fedagrim demande la mise sur pied d'un observatoire des prix, "transparent, détaillé et qui renseigne en temps réel la formation des prix et des marges pour tous les maillons de la chaîne, du producteur au consommateur".

2. Une banque des terres pour régler l’accès aux terres agricoles

Un tel outil "permettrait d’alléger la pression sur le prix des terres, de diminuer les risques financiers pour les agriculteurs en début de carrière et de faciliter le transfert de terres entre les agriculteurs", soutient Fedagrim.

3. Un régime d’assurance contre les pertes de revenus

Fedagrim souhaite l'instauration d'un régime d’assurance spécifique contre les pertes de revenus, ainsi qu’une politique spécifique de lutte contre la pauvreté chez les agriculteurs, qui prendrait la forme d'un revenu minimal garanti pour les familles.
La Fédération appelle les responsables politiques à créer, en collaboration avec les assureurs privés, une assurance revenus standardisée.

4. Un régime de pension indépendant des terres

"Au cours de leur carrière, de nombreux agriculteurs ont trop peu de possibilités de pouvoir cotiser pour une pension complémentaire au cours de leur carrière", souligne Fedagrim. Et de proposer des formules d’épargne permettant aux agriculteurs d’épargner de manière plus flexible pour une pension viable.

5. Un climat d’investissement positif

"Les agriculteurs sont avant tout des entrepreneurs, avant même d’être des producteurs, et le monde agricole a besoin d’un climat d’investissement politique qui rend les changements possibles", dit-on à Fedagrim. La Fédération attend des pouvoirs publics "des remboursements flexibles pour les agriculteurs, une réglementation fiscale qui reconnaît leur entrepreneuriat et qui tient compte des risques spécifiques liés à l’activité agricole".

6. Sensibiliser le consommateur face aux risques encourus par l’agriculteur

Comme le prix des produits reste faible et stable pour les consommateurs, ils ne réalisent pas forcément le travail fourni par les agriculteurs et les rémunérations fluctuantes qu'ils perçoivent pour leur labeur. Il faudrait donc "informer et de conscientiser davantage les consommateurs sur les risques encourus par le monde agricole, comme les variations de climat et les catastrophes naturelles".

7. La différence de qualité des produits belges doit être visible

Fedagrim appelle "tous les maillons de la chaîne entre le producteur et le consommateur à afficher clairement leur choix pour des produits de qualité belge sur les emballages, mais également au sein de leur communication".

8. Un véritable label de qualité belge

"Investissons davantage dans un label de qualité belge. Cela permettrait de (re)connaître les produits locaux et de payer un prix équitable pour la qualité fournie. De cette manière, l’agriculteur est également encouragé à continuer à produire de la qualité", suggère Fedagrim.

9. L’agriculture doit être un choix stratégique

Pour la Fédération, les politiques agricole et alimentaire doivent se retrouver sous une même compétence politique, puisque les agriculteurs transforment des ressources naturelles en produits alimentaires.

10. L’égalité des chances pour la Belgique au sein de l’Europe

Enfin, comme tous les pays de l’Union européenne n’appliquent pas les mêmes normes sévères que la Belgique, "des barrières commerciales ‘invisibles’ voient le jour, et ces dernières désavantagent les agriculteurs belges", déclare Fedagrim, qui attend donc que les instances politiques belges "agissent davantage sur la scène européenne afin de faire tomber ces barrières".