Conjoncture

La guerre commerciale déclenchée par Donald Trump, la hausse des taux d'intérêt et la difficulté à embaucher de la main-d'oeuvre ont érodé le moral des entreprises au mois de novembre, mais la croissance, parfois modeste, reste au rendez-vous à travers les Etats-Unis.

Les entreprises américaines se sont montrées "moins optimistes", a noté le rapport de conjoncture de la banque centrale américaine, connu sous le nom de Livre beige et publié mercredi.

"La plupart des régions ont rapporté que les entreprises continuaient de voir les choses de manière positive; toutefois, l'optimisme s'est fané dans certaines d'entre elles où des sources citent l'incertitude accrue créée par les tarifs douaniers, la hausse des taux d'intérêt et les contraintes sur le marché du travail", écrit la Fed dans ce document publié toutes les six à huit semaines.

Les douze régions sondées par la Fed ont enregistré une progression de leur activité mais parfois seulement modestement, comme dans les régions de St-Louis et du Kansas. Les régions de Dallas et de Philadelphie ont souligné que la croissance avait ralenti par rapport aux mois précédents.

Le manque de main-d'oeuvre a fait sentir ses effets dans toutes les régions, et elles ont par conséquent enregistré une hausse des salaires mais aussi une hausse des avantages non salariaux (aide à l'assurance santé, plus de congés payés, etc) pour tenter de séduire des employés potentiels.

"Plus de la moitié des régions ont évoqué le cas d'entreprises qui ont vu leur capacité à embaucher, à produire et parfois à se développer freinée par l'incapacité à attirer et à garder des employés qualifiés", note le document. Plusieurs entreprises de la région de Chicago ont ainsi rapporté que des employés étaient partis sans prévenir et sans aucun moyen de les contacter, parce qu'ils avaient trouvé mieux ailleurs.

Le taux de chômage aux Etats-Unis s'est établi à son plus bas niveau en près de 50 ans en octobre: 3,7% avec une croissance de 3,5% au troisième trimestre en rythme annualisé.

Les prix pour leur part ont "modestement augmenté dans la plupart des régions", note encore le Livre beige.

Les coûts induits par la guerre commerciale du président américain, menée à coups de tarifs douaniers sur les produits importés --tout particulièrement chinois--, commencent à se faire sentir plus nettement dans des secteurs jusque-là épargnés comme le commerce de détail et les restaurants.

2019, combien de hausses ? 

Le Comité monétaire de la banque centrale (FOMC) doit se réunir les 18 et 19 décembre et devrait, de l'avis de la quasi-totalité des analystes, donner un nouveau tour de vis en augmentant son taux directeur d'un quart de point de pourcentage.

Le Livre beige de novembre ne change pas fondamentalement la donne.

En revanche, le ton des ténors de l'institut d'émission, et notamment de son président Jerome Powell, s'est quelque peu adouci ces dernières semaines, laissant les économistes moins certains du nombre de hausses des taux de la Fed l'année prochaine.

Au sein-même de la Fed, la division règne sur la cadence de la hausse du coût du crédit comme l'a révélé la publication des minutes de la réunion d'octobre la semaine dernière.

Deux participants au Comité ont même estimé que des hausses supplémentaires pourraient "ralentir le rythme d'expansion de l'activité" de la première économie mondiale.

Cette soudaine incertitude sur l'évolution de la politique monétaire avait été illustrée lors d'un discours de Jerome Powell le 28 novembre.

Il avait affirmé que les taux d'intérêt étaient "juste en dessous (...) d'un niveau qui serait neutre pour l'économie, c'est-à-dire sans stimuler, ni ralentir la croissance".

Les marchés y ont vu un signe d'un futur ralentissement dans les hausses des taux même si certains économistes ont jugé que Wall Street avait surinterprété les propos.

Chez Oxford Economics, on évoque désormais seulement deux tours de vis de 0,25 point de pourcentage chacun pour 2019, contre trois escomptés auparavant, mais pour JP Morgan ou Goldman Sachs, on croit à quatre hausses.