Conjoncture La commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström a tenu vendredi une conférence de presse au sujet des taxes douanières que les Etats-Unis ont décidé jeudi d'imposer à l'acier et l'aluminium européen. Des taxes que l'Europe juge "illégales".

Elle a annoncé que l'Union européenne, dont les 28 Etats membres "font preuve d'une très grande fermeté" (vis-à-vis des taxes américaines et de la riposte à envisager) avait introduit ce vendredi une demande de consultation et de panel à l'Organisation mondiale du commerce. Il s'agit d'une tentative de règlement à l'amiable avec les Etats-Unis. "Et nous invitons tous les autres pays frappés par ces taxes à faire de même", a déclaré la commissaire.

Une enquête de sauvegarde pour déterminer si de l'acier destiné au marché américain serait finalement dérouté vers l'Union européenne à cause des taxes douanières est lancée. Ses conclusions ne sont toutefois pas attendues avant 9 mois. Les sidérurgistes européens réclament pourtant que l'Europe prenne rapidement des mesures de sauvegarde, permettant de limiter les importations d'un produit pendant un temps limité.

On attendait à ce point presse la liste des produits américains que l'Union européenne taxera en retour, dès le 20 juin mais elle n'est pas prête. "Nous travaillons d'arrache-pied au sein de la DG Commerce pour l'établir. Nous menons aussi des consultations auprès des 28 Etats membres", a-t-elle expliqué. "Nous nous appuierons sur la liste établie en mars (qui comprenait des produits comme le beurre de cacahuètes, le jus d'orange, les jeans Levi's ou les motos Harley Davidson, NdlR) mais nous ne savons pas encore si on l'utilisera entièrement ou en partie, si on taxera certains produits maintenant et d'autres plus tard."

"Les Américains nous ont tourné le dos"

Cecilia Malmström a bien insisté sur le fait qu'il s'agissait de mesures de "rééquilibrage, proportionnées, mesurées". "Nous ne voulons pas d'une escalade. Notre outil, c'est le dialogue. Nous avons tendu la main aux Américains mais ils nous ont tourné le dos. La balle est dans leur camp. Ces taxes sont illégales et nous ne pouvions pas rester sans rien faire", a-t-elle souligné.

En tout cas, plus question de poursuivre des négociations commerciales au sujet des taxes douanières avec les Américains, qui restent "des amis et alliés mais avec qui les relations sont désormais moins chaleureuses, suite à leur position sur l'Iran, leur retrait des Accords de Paris et ces taxes douanières".

"La porte est fermée"

"Nous n'avons jamais été à la table des négociations avec eux. Les Etats-Unis ont essayé de nous pousser à faire des concessions commerciales avant même de savoir quelles mesures ils voulaient nous appliquer. Notre position était de leur dire :
'retirez-nous le pistolet de la tempe et nous pouvons commencer à discuter' . Cela n'a pas été possible. La porte est donc fermée."

La commissaire s'est refusé à parler d'une guerre commerciale. "Nous n'y sommes pas encore mais les Etats-Unis jouent un jeu dangereux. La relance économique pourrait être mise à mal."

Cecilia Malmström a rappelé que ces taxes "auront un effet sur le consommateur et l'économie américaine. Cela fera peut-être réfléchir les Etats-Unis".

Le mauvais feuilleton n’est peut-être pas encore fini

Questionnée sur les possibles taxes d’importation de 25  % sur les véhicules (avec particulièrement dans le viseur les voitures allemandes) que Donald Trump envisage maintenant d’imposer, au nom de la sécurité nationale américaine, comme pour l’acier et l’aluminium, Cecilia Malmström s’est dit “inquiète”. “Donald Trump a un problème avec les voitures allemandes… Nous avons proposé de réduire nos propres taxes d’importation sur les véhicules d’importations. On suit ce dossier de très près. Si ces mesures étaient prises, les dégâts sur les économies européennes, américaines et autres seraient considérables.”