Conjoncture

Le président du Conseil européen Donald Tusk a répondu mercredi directement à Donald Trump en déclarant que les guerres commerciales étaient "mauvaises et faciles à perdre", alors que le président américain menace de taxer les importations d'acier et d'aluminium. Cette déclaration prend à contrepied l'affirmation de M. Trump que ces guerres étaient "bonnes et faciles à gagner". "La vérité, c'est le contraire", a affirmé M. Tusk lors d'une conférence de presse à Luxembourg.

"Pour cette raison, je pense fortement qu'il est désormais temps pour les responsables politiques des deux côtés de l'Atlantique d'agir de façon responsable".

Alors que la Commission présentait depuis Bruxelles sa stratégie de riposte contre les menaces de Donald Trump, Donald Tusk, qui préside l'instance regroupant les 28 dirigeants de l'UE, a annoncé un "débat extraordinaire" lors du prochain sommet organisé à Bruxelles, les 22 et 23 mars.

"Il existe un risque de conflit commercial sérieux entre les Etats-Unis et le reste du monde, dont l'UE", a lancé M. Tusk en préambule de son propos.

"Nous devrions avoir un objectif clair à l'esprit: maintenir en vie le commerce mondial et si nécessaire protéger les Européens contre des turbulences commerciales, y compris avec des réponses proportionnées en ligne (avec les règles) de l'Organisation mondiale du commerce", a-t-il souligné.

Quelques instants avant les déclarations de Donald Tusk à Luxembourg, la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström avait assuré qu'il n'y avait "pas de gagnants dans une guerre commerciale".

"Nous ne voulons pas une guerre commerciale", dit le secrétaire américain au commerce

Le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross a affirmé mercredi que les Etats-Unis ne cherchaient pas une guerre commerciale et que la décision d'appliquer des taxes à l'importation d'acier et d'aluminium avait été "mûrement réfléchie".

"Nous ne voulons pas une guerre commerciale", a dit M. Ross lors d'une interview à la chaine CNBC. Il s'exprimait au lendemain de la démission de Gary Cohn, le principal conseiller économique de Donald Trump, qui était en désaccord avec cette initiative.

"Nous voulons avoir des bonnes relations avec nos alliés", a-t-il ajouté en affirmant que le fait que les Etats-Unis allaient pouvoir accroître leur production d'acier contribuerait à éviter une hausse des prix pour ce métal.

Concernant la démission de M. Cohn, le secrétaire au commerce a affirmé qu'il ne s'agit pas "d'une révolution de palais" et que le conseiller "considérait depuis un certain temps une mesure de ce genre".

Selon les médias, M. Ross et le conseiller de Donald Trump pour le commerce, Peter Navarro, ont joué un rôle déterminant et en coulisses pour convaincre le président d'annoncer ces tarifs sans en informer pas M. Cohn.

"Cela ne va pas être une grande guerre commerciale", a encore assuré M. Ross. "Le président n'aurait pas indiqué sa volonté de se montrer souple à l'égard du Canada et du Mexique s'il ne souhaitait que des solutions extrêmes. C'est une idée qui a été mûrement réfléchie ainsi que sa mise en application", a-t-il dit.

M. Trump a indiqué que le Canada et le Mexique pourraient être exemptés des taxes sur l'acier et l'aluminium si, parallèlement, ils se montraient prêts à renégocier d'une manière plus favorable aux Etats-Unis le traité de libre-échange nord-américaine (Aléna) qui les unit.

Peu après les déclarations de M. Ross, les chiffres du commerce extérieur des Etats-Unis pour le mois de février ont fait apparaître un nouveau creusement du déficit commercial qui a atteint son plus haut niveau en neuf ans à 56,6 milliards de dollars sur un mois.

Donald Trump a réaffirmé mercredi matin dans un tweet que le déficit commercial annuel des Etats-Unis avait atteint 800 milliards de dollars l'an dernier et en a imputé la responsabilité aux politiques de ses prédécesseurs à la Maison Blanche.


Une liste de produits américains à taxer en préparation

L'Union européenne réagira "d'une manière proportionnée" selon trois pistes à une éventuelle hausse des taxes sur les importations d'acier et d'aluminium aux Etats-Unis que prépare le président américain Donald Trump, dans le respect des règles de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), a affirmé mercredi la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström. La Commission européenne a préparé une liste de produits américains sur lesquels des taxes pourraient être instaurées, comme le beurre de cacahuète, le jus d'orange, les airelles et le bourbon américains, a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

"Une liste provisoire est en discussion" et sera "bientôt rendue publique", a ajouté Mme Malmström, tout en disant encore espérer "convaincre l'administration américaine que ce n'est pas une bonne mesure".

"Mais nous avons clairement signifié que si une mesure comme celle-là était prise, elle mettrait des milliers d'emplois européens en danger et elle recevra une réponse ferme et proportionnée", a-t-elle dit.

"Il y a sur cette liste des produits en acier, industriels et agricoles. Certains types de bourbon en font partie ainsi que d'autres articles comme le beurre de cacahuète, les airelles et le jus d'orange", a précisé Mme Malmström.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait déjà indiqué la semaine dernière que des entreprises emblématiques comme Harley-Davidson et Levi's, ainsi que le bourbon américain, étaient dans le viseur de l'exécutif européen.

Elle a assuré que la riposte européenne à une éventuelle décision américaine "purement protectionniste" sera conforme aux règles de l'OMC, devant laquelle l'UE est prête à porter ce différend commercial avec des "alliés" qu'elle n'a pas nommés.

L'UE menace de taxer les produits de cette liste dans le cadre de mesures dites de "rééquilibrage", qui compenseraient en valeur le dommage subi par d'éventuelles taxes américaines sur l'acier (25%) et l'aluminium (10%) annoncées par M. Trump la semaine dernière.

Il s'agirait de cibler des produits américains spécifiques pour envoyer un message politique au président américain, par exemple en visant des sociétés dans les États qui lui sont le plus favorables.

Cette réponse mettrait environ trois mois à devenir effective.

L'idée de la Commission est de maximiser l'impact politique aux Etats-Unis de ces mesures de rétorsion, tout en minimisant ses effets sur les consommateurs européens.

Dans les faits, la liste de produits sur laquelle travaille l'UE ne mentionne pas d'entreprises, mais utilise une nomenclature douanière plus générale - type "pantalons, de travail, de coton, pour hommes".

Discutée avec les États membres, la liste devait être présentée mercredi au Collège des commissaires européens.