Conjoncture

Le chef de la Banque centrale américaine (Fed) est considéré comme le personnage le plus puissant de l’économie mondiale, capable de faire trembler les marchés avec ses petites phrases. Janet Yellen, nommée par Barack Obama en 2014 et première femme à diriger la Fed, s’est montrée plutôt discrète, même si son bilan reste flatteur avec une économie américaine proche du plein-emploi et un taux de croissance de 3 %.

Des premiers pas scrutés à la loupe

Qu’en sera-t-il de son successeur ? Suivra-t-il aussi la voie d’une communication dosée et très contrôlée ? Une chose est certaine, les premières sorties et déclarations de Jerome Powell seront analysées, décortiquées et décryptées par les analystes financiers, les gestionnaires de fonds et les investisseurs de la planète finance. Gare aux faux pas. Car le poste de patron de la Fed est à très hauts risques : un mot inapproprié, une menace surévaluée ou au contraire minimisée, et l’impact sur les marchés boursiers serait immédiat.

Certains de ses prédécesseurs se sont ainsi illustrés par des petites phrases qui ont fait trembler l’économie mondiale. Le plus célèbre exemple reste celui de "l’exubérance irrationnelle" des marchés, une phrase prononcée par Alan Greenspan en décembre 1996. Elle avait immédiatement provoqué une forte baisse des marchés mondiaux et reste perçue aujourd’hui comme annonçant l’explosion de la bulle des valeurs de l’Internet en 2000. Alan Greenspan, qui a dirigé la Fed pendant près de vingt ans, a confié plus tard que l’idée lui en était venue en écrivant son discours… dans son bain.

Ben Bernanke, qui lui a succédé en 2006, est passé à la postérité non seulement pour avoir géré les conséquences de la crise financière de 2008/2009 mais aussi pour avoir prévenu, peut-être un peu cavalièrement, de la fin de la politique de soutien de la Fed à l’économie américaine quelques années plus tard. Appelée en anglais "taper tantrum", en raison des vagues de choc provoquées sur les marchés émergents, sa phrase apparemment innocente annonçant en mai 2013 que la Fed allait réduire ("taper") ses achats d’obligations pour soutenir l’économie américaine avait provoqué une panique ("tantrum") sur les marchés mondiaux.

Parfois en opposition avec la Maison-Blanche

Les décisions de politique monétaire de la Fed, qui se répercutent directement sur le dollar, première monnaie de réserve mondiale, peuvent aussi aller à l’encontre de la politique économique souhaitée par le président américain, quand bien même ce dernier nomme celui ou celle qui la dirige. L’un des exemples les plus fameux reste celui de Paul Volcker qui, après avoir pris la tête de la banque centrale en 1979, avait immédiatement entamé un mouvement de hausse des taux pour juguler l’inflation. Il s’en était suivi une récession aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Mais le président républicain de l’époque, Ronald Reagan, avait néanmoins décidé de renommer ce Démocrate à son poste en 1983 car M. Volcker jouissait du soutien des marchés financiers.