Conjoncture

Un article d'Isabelle de Laminne, responsable du blog MoneyStore

L’école fait beaucoup parler d’elle et le pacte d’excellence élaboré pour les écoles francophones du pays fait lui aussi couler beaucoup d’encre. Avec leur ouvrage « L’école de la réussite », Jean Hindriks, Professeur à l’UCL et Kristof De Witte, Professeur à la KUL, apportent un éclairage différent sur l’enseignement en Belgique. Ce sont des économistes, avec leurs chiffres et leur rigueur qui analysent et évaluent en sept chapitres notre enseignement au niveau national.

« Dans un premier temps, nous avons voulu décrire les valeurs fondamentales de notre enseignement. Ces valeurs, qui sont le fil conducteur de notre ouvrage, sont la liberté, l’égalité et l’efficience. Par liberté, nous parlons de liberté d’expression, liberté pédagogique et liberté dans le choix de l’école. Avec l’égalité, nous abordons surtout la promotion de l’égalité des cphances et, en analysant l’efficience, nous regardons comment les moyens sont utilisés et comment ces moyens pourraient être mieux alloués », explique Jean Hindriks lors d’une conférence donnée à la Société Royale d’Economie Politique de Belgique. Ce livre n’est pas un réquisitoire contre l’école et il se base sur une analyse bottom up avec une documentation chiffrée fournie.

La première question que l’on peut se poser est de savoir si notre système scolaire remplit sa mission d’égalité des chances. En effet, au-delà de la formation, l’enseignement doit veiller à construire une société qui permet à chacun, quel que soit son rang social, de réussir à l’école et de prendre sa place dans la société. « Or, on remarque que notre système belge se caractérise par beaucoup d’inégalités et une mobilité sociale faible. En effet, nous avons constaté une forte corrélation entre le rang social et le rang scolaire, ce qui démontre une absence totale de mobilité sociale », regrette Jean Hindriks.

Dans ce contexte, une question est fréquemment posée : la mobilité sociale ne génère-t-elle pas un nivellement par le bas ? « Non. Certains pays ont démontré qu’il était possible d’atteindre plus de mobilité sociale avec plus de performances scolaires. Parmi ces pays, relevons le Canada et la Finlande. Nous avons pu constater qu’il était possible de réduire les inégalités, d’accroître la mobilité sociale tout en dégageant de bons résultats scolaires », note le professeur.

Mais alors que faire ? La première mesure serait d’établir, comme le suggère le pacte d’excellence, un tronc commun qui permettrait de donner à tous les élèves un même niveau d’enseignement. Mais ce tronc commun doit s’accompagner de mesures de remédiation efficaces pour aider les plus faibles. Ces économistes préconisent de s’inspirer de ce qui se fait dans les autres pays. Au Canada, par exemple, on remarque une grande hétérogénéité des niveaux scolaires au sein de chaque école alors qu’en Belgique l’hétérogénéité se fait davantage entre écoles (fortes et faibles). « Il faut aussi se pencher sur les types de pédagogie. Le Canada ne fait pas de nivellement par le bas. Il faut savoir qu’il est possible d’améliorer les choses chez nous », estime cet économiste. Une plus large collaboration entre les secteurs public et privé avec des stages en entreprises et un contact avec le monde professionnel sont aussi des pistes à envisager.

Cet ouvrage épingle également les dégâts que provoque le redoublement dans les milieux sociaux aux revenus faibles. Dans ce cas, il est perçu comme un pas vers le décrochage scolaire et non pas comme un rattrapage. Les coûts économiques du décrochage scolaire sont très importants pour la société. Il convient donc de cibler les groupes à risque, décrits par les auteurs, et mettre en place un réel combat contre l’échec scolaire par des remédiations et prises en charge des plus faibles de façon plus efficace. Un deuxième ouvrage est en préparation pour compléter ce premier livre qui offre de façon objective un constat économique sur les faiblesses (et aussi les forces) de notre enseignement.

« L’école de la réussite », Kristof De Witte & Jean Hindriks, Itinera, 2017, 203p.