Conjoncture

La Bourse de Paris devrait ouvrir en hausse lundi matin, soutenue par la victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle française, le marché étant soulagé de voir s'éloigner le scénario d'une accession au pouvoir de Marine Le Pen. Le contrat à terme sur le CAC 40 prenait 0,77% une quarantaine de minutes avant l'ouverture de la séance. Vendredi, l'indice avait fini en nette progression de 1,12% à 5.432,40 points.

L'euro a réagi positivement lundi à la large victoire du jeune centriste pro-européen Emmanuel Macron en France, également saluée par la Bourse de Tokyo, mais les gains étaient modérés en Asie devant un résultat largement anticipé.

Un tel dénouement "avait déjà été pris en compte par les marchés", très optimistes la semaine dernière quant à un succès du candidat d'En Marche!, favori des investisseurs en raison de ses positions sur l'Europe et de ses orientations économiques, a commenté Yukio Ishizuki, de Daiwa Securities, interrogé par l'AFP.

"Il ne faut pas s'attendre à un feu d'artifice, la probabilité d'une victoire de M. Macron était de plus de 90%", a renchéri Manuel Oliveri, analyste chez Crédit Agricole, cité par l'agence Bloomberg News.

Peu après l'annonce du verdict des urnes, l'euro est brièvement monté à 1,1023 dollar, contre 1,09998 vendredi soir à New York. Il atteignait ainsi son plus haut niveau depuis novembre.

Vis-à-vis de la devise nippone, la monnaie unique grimpait aussi, s'affichant à 124,59 yens, son cours le plus élevé en un an, contre 124,05 yens en fin de semaine dernière.

Du côté des Bourses, Tokyo a ouvert en hausse de 1,35%, tandis que Séoul et Sydney évoluaient dans le vert. "Maintenant que cet événement clé qu'était l'élection française est passé, la place tokyoïte, qui a été à la traîne pour diverses raisons, dont des inquiétudes géopolitiques autour de la Corée du Nord, va probablement se redresser", a souligné Hiroaki Hiwata, de Toyo Securities.

Emmanuel Macron, 39 ans, va devenir le huitième président de la Ve République, le plus jeune de l'Histoire, en obtenant 65,82% des voix face à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen (34,18%), selon les résultats quasi-définitifs. Une issue qui dissipe les inquiétudes vis-à-vis d'un éventuel Frexit.

L'inconnue des législatives

Mme Le Pen s'était montrée très critique envers l'Union européenne et prônait de transformer l'euro "monnaie unique" en "monnaie commune" réservée aux transactions internationales, tandis qu'une nouvelle devise nationale, le franc, serait réintroduite pour les échanges du quotidien.

Après l'Asie, "l'appétit du risque" devrait s'étendre aux marchés européens et américains, a estimé M. Hiwata. La Bourse de Paris, qui s'est envolée de plus de 7% depuis le premier tour de la présidentielle, est donc bien partie pour continuer sur sa lancée. Idem pour ses homologues européennes.

Si les marchés poussent "un soupir collectif de soulagement", cette réaction positive sera probablement de courte durée, a cependant tempéré Phil Borkin, économiste de la banque australienne ANZ. "La grande question est: dans quelle mesure Macron va-il obtenir une majorité aux législatives du mois prochain?", a-t-il ajouté.

Dans ces circonstances, "toute hausse prolongée de l'euro" semble peu probable. De fait, la devise européenne était déjà retombée sous la barre de 1,10 dollar et des 124 yens dans la matinée à Tokyo.

L'euro pourrait toutefois profiter d'un changement de direction de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), selon Ray Attrill, responsable des changes au sein de la National Australia Bank (NAB).

"Nous pensons que l'euro peut monter dans les semaines et mois à venir, en anticipant le fait que la BCE va se montrer plus confiante face au recul des risques dans la zone euro", a-t-il dit dans une note.