Conjoncture

La énième réunion de l’Eurogroupe aura été la bonne. Si les créanciers de la Grèce n'ont pas trouvé d'accord défifnitif sur l'allégement de la dette grecque, jeudi à soir, à Luxembourg, ils ont approuvé la deuxième révision du programme grec de réformes et d’économies, ouvrant la voie au déboursement d’une nouvelle tranche d’aide de 8,5 milliards d’euros. Le plan de soutien de 86 milliards d’euros, lancé en 2015, est relancé.
Il était grand temps : au cours du mois de juillet, la Grèce devra rembourser un total de 6,25 milliards à des investisseurs privés, à la Banque centrale européenne, aux Banques centrales nationales et au Fonds monétaire international. La répétition du scénario de 2015, qui avait failli précipiter la Grèce hors de la zone euro, est évitée.

La Grèce reçoit les félicitations du jury des créanciers
 

Les autorités grecques ont même obtenu les félicitations du jury des créanciers, quant à la manière dont elles ont adopté les mesures d’économies à hauteur de 2 % du produit intérieur brut grec – par le biais, entre autres, d’une quatorzième réforme des pensions et une réforme de l’impôt sur le revenus – ainsi que sur les réformes structurelles entreprises. L’Eurogroupe a par ailleurs favorablement accueilli l’engagement de la Grèce de dégager un surplus budgétaire primaire de 3,5 % de son PIB jusqu’en 2022, puis de suivre une trajectoire budgétaire lui permettant de dégager, bon an mal an, environ 2 % de surplus jusqu'en...2060.

“Je suis heureux d’annoncer que nous avons trouvé un accord sur tous les éléments” , s’est félicité Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe. “Nous avons réussi à trouver un accord global qui va permettre à la Grèce de tourner la page d’une période si difficile” , a enchéri le commissaire européen en charge des Affaires économiques, Pierre Moscovici.

L'Eurogroupe est prêt à explorer la piste française

A y regarder de plus près, le verre est à moitié vide, car si des progrès ont été accomplis sur l'autre chantier, celui de la restructuration de la dette grecque, réclamée par Athènes et le FMI, ils sont mesurés.

A vrai dire, personne ne s’attendait à ce que la discussion sur l’allégement de la dette grecque soit menée à son terme dès à présent. L’Allemagne est très réticente à s’avancer sur ce terrain, a fortiori que des élections législatives s’y tiendront, l’automne prochain.
Mais dans le même temps, Berlin insistait pour que le FMI prenne part au troisième plan d'aide - moins pour l'ampleur de la contribution financière du Fonds que pour son expertise. Il fallait donc que l'Eurogroupe mette sur la table de quoi convaincre le FMI de monter à bors.

Les grands argentiers des Dix-neuf ont néanmoins réaffirmé leur engagement de mai 2016 d’étudier la question et à procéder, "si nécessaire", à des allégements de la dette grecque. Ils ont apporté des précisions sur la façon dont pourrait être menée cette opération.
En décembre 2016, l'Eurogroupe avait déjà approuvé des mesures d'allégements de la dette grecque à court terme. Il se dit désormais prêt à mettre en place des mesures à moyen terme, sous forme d'allongement de la maturité des prêts, de report du paiement des intérêts, sur des périodes pouvant s'étaler jusqu'à 15 ans, ainsi qu'à reprendre le versement des bénéfices réalisés par la BCE sur les achats de dette grecque.

A plus long terme, l'Eurogroupe s'est dit prêt à explorer la piste ouverte par la France. A savoir : établir un lien entre la croissance et les remboursements. "S'il y a plus de croissance" la Grèce peut procéder à "des paiements plus importants ou plus rapides. Si le croissance est moindre, il est possible d'allonger ou de reporter le paiement des intérêts", a précise Jeroen Dijsselbloem.

Toutefois, la décision finale ne sera prise par l’Eurogroupe qu’à la fin du troisième plan d’aide, en 2018, “à condition que celui-ci ait été mis en œuvre avec succès” , a précisé M. Dijsselbloem.

Le FMI fait preuve de souplesse

Le FMI est à moitié convaincu par ce que proposent les Européens. "Personne ne prétend que c'est la meilleure solution, mais c'est la deuxième meilleure solution", a commenté la directrice générale Christine Lagarde. La Française note que la discussion sur la dette progresse, mais aurait souhaité que les Européens se montrent un peu plus précis. Car les mesures avancées "ne nous donnent pas le montant de la réduction de la dette, qui nous permettrait de conclure à sa soutenabilité. Nous ne sommes pas encore dans les clous", a rappelé Christine Lagarde.

Toutefois, pour éviter un blocage, Christine Lagarde a fait preuve de souplesse. Elle a indiqué qu’elle irait devant le board de l’institution de Washington pour obtenir "un accord de principe" à la participation du Fonds au troisième plan et sa (modeste) contribution à hauteur de 2 milliards d’euros. L'Allemagne a obtenu ce qu'elle voulait.
Mme Lagarde a pris soin de souligner que le FMI ne déboursera pas le moindre centime avant que les Européens n'aient conclu un accord définitif sur les mesures d'allégement de la dette grecque – que certains, dont l’Allemagne, jugent toujours superflu. 


Tout n’est donc pas réglé, mais le cours tumultueux de la saga grecque, longue de sept ans déjà, semble en voie d’apaisement.
 Les Grecs font, eux, contre mauvais fortune bon coeur, mais peuvent espérer retrouver le chemin des marchés, en 2018. “Il y a de la lumière au bout du tunnel” , a conclu le ministre grec des Finances, Euclid Tsakalotos. Sans s'étendre sur la longueur du tunnel.