Conjoncture L’objectif : rééquilibrer les rapports avec les supermarchés dans les négociations sur les prix.

Lors d’une conférence organisée il y a quelques jours à Dublin, Phil Hogan, le commissaire européen de l’Agriculture, a annoncé qu’il présentera, début 2018, un projet de loi visant à rééquilibrer les rapports de force entre la grande distribution et les producteurs agricoles. Son discours en a surpris plus d’un car le commissaire a toujours adopté une position libérale, favorable au laisser-faire, dans les dossiers concernant l’économie de l’agriculture. Le ton a donc changé puisqu’il s’agit ici d’une remise au pas des supermarchés.

Dans un contexte de crise des prix payés aux agriculteurs, "les supermarchés jouissent d’un ‘super pouvoir’, dû aux effets combinés d’une mondialisa tion grandissante et de leur forte concentration en Europe. Cela leur donne un effet de levier disproportionné sur les producteurs" , a déclaré sans ambages Phil Hogan. "Le déséquilibre dans la capacité à négocier entre ceux qui font les prix et ceux qui en bénéficient est frappant. Ce qui conduit à un vrai risque, pour les agriculteurs, de représailles commerciales ou de retards de payement", a-t-il poursuivi.

"Une juste part du gâteau" pour les fermiers

Afin de "garantir aux agriculteurs un revenu stable et une juste part du gâteau", Phil Hogan veut que l’Europe prenne des mesures, s’appuyant sur les recommandations des groupes de travail "Marchés agricoles", à l’œuvre depuis près de deux ans. Il évoque la nécessité d’avoir "une transparence du marché, une coopération renforcée entre agriculteurs (faisant référence à leur organisation en coopérative, un des outils qui leur permettent de négocier de meilleurs prix, NdlR) et un accès facilité au financement pour les fermiers". Autre proposition : les Etats membres se doteraient chacun d’un adjudicateur qui serait chargé de veiller à ce que les producteurs agricoles reçoivent un prix correct et qui pourrait sanctionner les distributeurs s’ils ne respectaient pas ce principe.

Citant le rapport du groupe d’experts, Phil Hogan a encore précisé qu’"une majorité du monde agricole, des transformateurs, des ONG et d’Etats membres souhaite une action à dimension européenne" dans ce dossier. "En fait - et je suis sûr que personne ne sera surpris - les seuls à vouloir le statu quo sont les distributeurs", a-t-il ajouté.