Conjoncture

L’aggravation ce vendredi de la crise politique et institutionnelle en Espagne, sur fond de bras de fer entre Madrid et Barcelone, a pesé sur la Bourse locale, dont l’indice vedette a terminé la semaine sur un recul de 1,45 %. Les investisseurs l’ont bien compris : l’Espagne est désormais entrée en "terra incognita". Ils craignent les conséquences économiques de cette crise - à ce stade une équation à dix inconnues - sur la quatrième économie de la zone euro. Il faut dire que les signaux négatifs s’accumulent depuis quelques jours. Et ils sont particulièrement inquiétants. En l’espace de trois semaines seulement, pas moins de 1 700 entreprises, de toutes tailles, auraient ainsi déjà introduit des démarches en vue de délocaliser leur siège social en dehors de la Catalogne. 

Parmi celles-ci, quelques grands noms du secteur bancaire catalan comme la CaixaBank ou la Banco Sabadell, confrontés à des retraits d’argent massifs. Le tourisme de la région, déjà affecté par les récents attentats à Barcelone, pourrait lui aussi trinquer. L’économie de la région, qui compte 500 000 entreprises et pèse un peu moins de 20 % du produit intérieur brut local, risque donc de subir un violent coup d’arrêt. Certains économistes prédisent une onde de choc plus sévère encore que celle du Brexit, d’autres font le parallèle avec le Canada qui durant les années 70 avait "payé" les poussées indépendantistes du Québec. Le gouvernement espagnol a d’ailleurs déjà revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2018, à 2,3 % au lieu de 2,6 %, anticipant une baisse de la demande. Mais cela sera-t-il suffisant ? C’est la question qui inquiète à Madrid mais aussi... à Barcelone.