Conjoncture Pékin annonce des mesures de rétorsion à l’encontre de 128 produits américains, mais épargne les marchés clefs. Il s’agit d’une réponse directe aux droits de douanes instaurés par Donald Trump sur l’acier et l’aluminium.

La Chine a déclenché lundi des mesures punitives contre 128 produits américains, en réponse à l’annonce par Donald Trump de droits de douane sur l’acier et l’aluminium importés par les Etats-Unis.

Les fruits, le vin et le porc sont notamment dans le collimateur des autorités chinoises. Ces mesures font suite à plusieurs semaines de tensions bilatérales, qui alimentent la crainte d’un conflit commercial ouvert entre les deux géants économiques mondiaux.

Pour le moment, Pékin a choisi d’épargner les exportations américaines majeures telles que le soja. L’année passée, les USA ont exporté pour 14 milliards de dollars de soja vers l’empire du Milieu.

3 milliards de dollars d'exportations visées

Selon certaines estimations, la valeur des exportations américaines visées par la Chine depuis lundi est d’environ 3 milliards de dollars. Comment expliquer cette réponse relativement mesurée de Pékin ? Il y a une dizaine de jours, Donald Trump a annoncé qu’il pourrait prendre des mesures punitives spécifiques contre des produits chinois pour un montant de 60 milliards de dollars. Cette attaque serait nettement plus douloureuse que les tarifs appliqués sur les importations d’acier et d’aluminium. En effet, la Chine ne représenterait qu’1 % des importations américaines d’acier.

Les dirigeants chinois en garderaient donc sous la pédale au cas où Donald Trump devait finalement appliquer ces mesures spécifiques sur les produits chinois. En outre, Pékin affiche un surplus commercial vis-à-vis de Washington, ce qui en ferait la plus grande victime d’une guerre commerciale entre les deux géants économiques.

Il faudra cependant voir si Donald Trump osera mettre en application son plan visant 60 milliards d’importations chinoises. Les possibles mesures de rétorsion de Pékin contre le soja américain frapperaient de plein fouet des Etats qui ont voté pour le président américain. En outre, une augmentation du prix du soja sur le marché chinois serait aussi néfaste pour Pékin qui l’utilise comme nourriture pour les animaux.

La seule option possible

Les Etats-Unis avaient annoncé début mars l’imposition de taxes de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium de plusieurs pays. Devant le tollé international, de nombreux pays, dont ceux de l’Union européenne, ont été exemptés de cette nouvelle mesure, du moins pour le moment, mais pas la Chine.

"Nous espérons que les Etats-Unis abandonnent au plus vite leurs mesures enfreignant les règles de l’OMC, afin de permettre la reprise normale du commerce sino-américain pour les produits concernés", a indiqué le ministère chinois du Commerce. "La coopération entre la Chine et les Etats-Unis, les deux plus grandes économies mondiales, est la seule option possible."

Donald Trump fait régulièrement du colossal déficit commercial américain avec la Chine un cheval de bataille. Washington déplorait un déficit colossal de 375,2 milliards de dollars vis-à-vis de la Chine en 2017.

Négocier avec un revolver sur la tempe

L’objectif avoué de Donald Trump est de prendre des sanctions pour amener ses partenaires à négocier. Mais selon le quotidien officiel chinois "Global Times", les Etats-Unis ont émis "certaines demandes déraisonnables" visant à forcer la Chine à accepter un compromis. "C’était naïf. Avec sa force commerciale, la Chine a tenu bon", a affirmé le journal.

Jusqu’à présent, Pékin a pris soin de ne pas s’attaquer à des produits agricoles majeurs, ou à des compagnies industrielles importantes telles que le géant Boeing, domaines qui, désormais, pourraient également être ciblés, estime le quotidien officiel.