Conjoncture

La Chine est-elle "un grand champion" de la manipulation de sa devise pour doper ses exportations, comme l'accuse Donald Trump? Non, elle est un "champion du développement économique", a répliqué Pékin vendredi, excluant toute dévaluation compétitive du yuan.

La diplomatie chinoise a réagi aigrement vendredi à un entretien de M Trump diffusé par l'agence Reuters. Le président américain y qualifiait la Chine de "plus grand champion de manipulation de devise" et que lui-même "ne revenait pas" sur ses accusations de campagne à ce sujet.

"Si vous voulez nous qualifier de +grand champion+, libre à vous! Nous sommes bien un grand champion, mais un champion du développement économique, et cela ne fait aucun doute", a ironisé Geng Shuang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

La Chine "n'a absolument aucune intention de gagner des avantages commerciaux en dévaluant sa devise à des fins de compétitivité. Il n'y a aucun fondement qui justifierait une dépréciation continue du yuan", a asséné M. Geng, lors d'un point-presse régulier.

A l'inverse, "nous allons poursuivre nos réformes sur la formation du taux de change du renminbi (autre nom du yuan, ndlr), tout en le maintenant fondamentalement stable à un niveau raisonnable et équilibré", a expliqué le porte-parole.

Avant même son entrée à la Maison-Blanche, c'était un refrain de longue date de Donald Trump.

"Est-ce que la Chine nous a demandé si c'était OK de dévaluer (sa) monnaie? Je ne crois pas", avait tweeté début décembre le milliardaire, accusant le régime communiste de rendre plus attractifs ses exportations par une monnaie sous-évaluée.

Certes, le yuan évolue actuellement autour de 7 yuans pour un dollar, au plus bas depuis huit ans, après avoir chuté d'environ 7% en l'espace d'un an. Et le régime continue d'encadrer la devise qui fluctue dans une marge de 2% autour d'un cours-pivot déterminé par la banque centrale (PBOC).

Mais les apparences sont trompeuses, Pékin bataillant en réalité pour doper le cours de sa devise et non pas pour l'abaisser.

La Chine avait, il est vrai, dévalué brusquement le yuan de 5% en août 2015. Mais, par la suite, la banque centrale est promptement intervenue sur les marchés pour freiner la dépréciation de la devise, en puisant abondamment dans ses réserves de changes pour acheter des yuans et donc soutenir le cours.

Pékin s'inquiète qu'une chute de sa monnaie fragilise sa crédibilité et son processus d'internationalisation, tout en alimentant les massives fuites de capitaux hors du pays.