Conjoncture La baisse des taux a produit 6 milliards de revenus en moins sur les comptes d’épargne et l’inflation s’est chargée des 7 milliards restants.

Depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, épilogue tragique de la crise du "subprime" amorcée un an plus tôt, les politiques monétaires menées par les banques centrales ont eu pour objectif de faciliter l’accès à l’argent en réduisant au maximum les taux d’intérêt pour les ramener à zéro. Ce mouvement a été suivi par la Banque centrale européenne (BCE) dans un contexte aggravé depuis 2010 par les problèmes d’endettement rencontrés par plusieurs pays européens. Conséquence pour l’épargnant : il aura perdu dans l’aventure 6 milliards de revenus d’intérêts. Et à cette perte "nominale", il faut encore ajouter l’impact de l’inflation qui, bien que très faible (mais en reprise) a encore érodé son épargne de 7 milliards d’euros (lire notre supplément "La Libre Entreprise").

Les Belges pénalisés

"Dans la mesure où les dépôts de liquidité excédentaire des banques des pays de la zone euro auprès de leur Banque centrale sont maintenant pénalisés par un taux négatif de - 0,4 %, cela pénalise surtout les banques de pays où les liquidités sont surabondantes comme l’Allemagne ou la Belgique. La baisse des taux directeurs de la BCE a été répercutée sur les taux d’intérêts offerts sur les dépôts bancaires, surtout dans les pays où l’épargne des ménages est abondante, où les autorités politiques ne veulent pas réguler fortement les taux offerts par les banques et où les dépôts d’épargne sont une forme d’investissement favorite de la population, comme en Belgique", explique Eric Dor, directeur des Etudes économiques à l’IESEG School of Management, Paris et Lille.

Les banques ne sont donc pas directement en cause. Elles ont profité d’une opportunité taillée sur mesure, il est vrai : "L’opportunité d’emprunter de grandes quantités de liquidités à des taux très bas à la BCE a évidemment permis aux banques de diminuer les taux qu’elles payent sur leurs autres sources de financement, comme les dépôts de la clientèle, puisqu’elles en sont moins crucialement dépendantes, au moins pour leur funding à court terme", souligne l’expert.

Pas de Livret A

La gestion de la crise financière par les autorités monétaires a donc conduit à une très forte chute des taux d’intérêt sur les dépôts d’épargne en Belgique. C’est en tout cas ce que pratiquent les grandes banques belges sur un compte d’épargne ordinaire, avec un taux de base de 0,01 % et une prime de fidélité de 0,10 %.

Toutefois, note encore Eric Dor, "on remarque que contrairement à la France, les autorités politiques belges n’ont pas souhaité établir un taux minimum qui soit vraiment significatif, et par exemple supérieur à l’inflation, pour l’épargne réglementée en Belgique. En France par exemple, les livrets A sont un équivalent des comptes belges d’épargne réglementée et leur taux est déterminé par le gouvernement. Leur taux a bien sûr régulièrement baissé depuis le début de la crise de la zone euro mais est encore de 0,75 %. Le monde politique belge ne semble pas avoir une telle préoccupation de soutenir le pouvoir d’achat de l’épargne du grand public…"

Manque à gagner

Selon Eric Dor, par rapport à ce qui aurait pu se passer sans la crise financière, donc si les taux étaient restés là où ils étaient en novembre 2008, et en prenant l’encours de 255,155 milliards d’euros d’épargne réglementée, le manque à gagner annuel pour les ménages est de 6,2 milliards d’euros en 2017.

Effectivement, depuis 2008, les flux d’intérêts reçus par les ménages se sont effondrés… "Si les flux d’intérêts reçus étaient restés à leur état de 2008, les revenus d’intérêts des ménages cumulés de 2009 à 2016 auraient été supérieurs de 34 milliards à ce qu’ils ont été. C’est effectivement une mesure du manque à gagner des ménages belges à cause de la baisse des taux d’intérêt."

Continuer à faire le gros dos

Certes, dans le même temps, les emprunteurs ont pu bénéficier de taux plus favorables, mais reste que les épargnants, les "pauvres rentiers" ont quant à eux dû faire le gros dos et sans doute, manger leur capital.