Conjoncture Les Cassandre avaient tort : la dépression attendue a été évitée.

Mercredi soir, au terme de la réunion de son comité de politique monétaire, la Réserve fédérale américaine (Fed), conduite par Janet Yellen, sa présidente, a annoncé le début du ralentissement progressif de son plan de soutien à l’économie américaine. Est-ce une bonne nouvelle ? Oui ! Maintenant, la croissance semble bien établie aux Etats-Unis après une longue crise entamée en 2008, le marché de l’emploi a retrouvé une belle dynamique, et même l’immobilier qui avait plongé en 2008, a retrouvé des couleurs. Il était donc temps pour la Fed de normaliser ses interventions. Mais, pour éviter que cette normalisation cause des désordres, elle va prendre son temps.

1 Sur quels leviers la Fed a-t-elle agi ?

La Banque centrale américaine a en effet déployé une stratégie inédite pendant 9 ans pour assister le redémarrage de la machine américaine bloquée par la crise des "subprimes". Et pour ce faire, elle a pesé sur les taux d’intérêt à court terme (monétaires), qui sont passés à zéro pour cent, et elle a influencé les taux à long terme (obligataires) au travers de rachats massifs d’actifs sur les marchés obligataires, d’une manière novatrice qualifiée de "non conventionnelle".

2 Quel était l’objectif de ces grandes manœuvres ?

En réduisant les taux d’intérêt, la Fed a créé les conditions permettant aux banques d’emprunter à bon compte et de prêter à leur tour de l’argent à bon compte contre le paiement d’intérêt supérieur. Dans ce cadre, les entreprises ont pu emprunter pour investir, et les ménages emprunter pour consommer. Mais dans le contexte d’une crise économique majeure, il est vite apparu que les taux d’intérêt au plancher ne suffiraient pas à relancer durablement la machine économique américaine. C’est pour cela que la Fed a pesé sur les taux à long terme.

3 Quelle méthode a-t-elle utilisé ?

En achetant des obligations en masse, elle en a fait grimper les prix et baisser le rendement, en pesant ainsi sur les taux à long terme. Mais pour réussir cette manœuvre, elle a dû mettre le paquet en sortant des centaines de milliards de dollars… de son chapeau. En faisant "tourner la planche à billets", elle a créé une situation inédite. Et, ce faisant, elle se retrouve aujourd’hui avec un stock d’obligations de 4 500 milliards de dollars. Cet énorme paquet d’obligations qui est inscrit dans son bilan. Depuis 2014, la Fed n’injecte plus d’argent frais dans les obligations. Elle a par ailleurs déjà relevé ses taux à court terme au fil des bonnes nouvelles données par l’économie américaine. Ils se situent actuellement dans une fourchette de 1 à 1,25 % et on s’attend à ce que cette fourchette grimpe de 25 points (0,25 %) en décembre. Elle resserre lentement les conditions de crédit.

4 Ce "resserrement" est-il risqué ?

Oui, parce qu’en remettant, même lentement, ce stock d’obligations sur le marché, la Fed va contribuer à la remontée des taux d’intérêt à long terme. Il y a un risque pour l’économie, mais il est mesuré. Il y en a d’autres, dont un coup de frein à la hausse de la Bourse de New York qui a été adulée par les investisseurs désireux d’échapper aux taux zéro. Mais encore une fois, la Fed cherche à éviter les remous. Ceux qui prédisent un choc de grande ampleur sont ceux qui pensaient que le "quantitative easing" serait une catastrophe. La Banque centrale européenne qui a pris exemple sur la Fed suit évidemment le dossier avec attention.