Conjoncture Plusieurs indicateurs sont au vert, note la Commission. Mais des fragilités persistent.

Selon les prévisions économiques d’automne de la Commission, l’économie de l’Union européenne connaîtra en 2017 une croissance d’une vigueur inédite depuis dix ans : +2,3 % du produit intérieur brut (PIB) des Vingt-huit. La croissance de la zone euro sera à l’avenant, avec une augmentation de 2,2 % du PIB - l’exécutif européen se montre plus optimiste qu’il ne l’était au printemps, où il tablait sur une croissance du PIB de 1,7 %.

"Tous les Etats membres participent désormais à cette expansion", s’est félicité le commissaire européen en charge des Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, jeudi à Bruxelles. Le Français a néanmoins précisé que la croissance devrait un peu fléchir en 2018 et 2019 - elle devrait être de 2,1 puis de 1,9 % dans la zone euro.

Mais encore : "Le nombre de personnes ayant un emploi dans la zone euro a atteint le niveau le plus élevé jamais enregistré et a ramené le taux de chômage à son niveau le plus bas depuis début 2008 (9,1 %, NdlR) ", a poursuivi Pierre Moscovici. Toujours au rayon des bonnes nouvelles : les déficits publics se réduisent plus rapidement que prévu.

Une reprise incomplète

Est-ce à dire que tout va désormais pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? Pas exactement. Ainsi, sur le front de l’emploi, la Commission constate que le nombre d’heures prestées par employé est inférieur à la période pré-crise et un niveau élevé de personnes contraintes de travailler à temps partiel. Pierre Moscovici note, par ailleurs, que la croissance salariale reste trop faible "qui reflète partiellement la baisse croissante de la productivité et la faiblesse constante du marché de l’emploi".

L’exécutif européen s’inquiète par ailleurs de l’endettement public toujours élevé et supérieur à la moyenne européenne de 87 % du PIB de plusieurs Etats membres, dont la Belgique.

Bref, la reprise demeure faible, par rapport à d’autres périodes succédant à des crises. Elle est atypique, observe encore M. Moscovici, "en raison de sa dépendance au soutien de politiques, (dont celle menée par la Banque centrale européenne), à la persistance de fragilité (budgétaire et financière) et une demande domestique faible".

Les risques extérieurs que l’élan européen s’éteigne sont plus "équilibrés que par le passé", note le Français. Mais l’ajustement économique chinois et d’éventuelles mesures protectionnistes américaines pourraient avoir un impact sur l’économie de l’Union.

© IPM


Le bulletin belge : "Peut beaucoup mieux faire"

Le ministre belge des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), a pris note avec satisfaction des prévisions économiques de la Commission européenne concernant la Belgique. "Aucun autre pays de la zone euro n’a limité son déficit structurel aussi fortement que la Belgique. Sur le plan budgétaire, un énorme chemin a été parcouru, même si le défi pour les années à venir reste important. Il est positif que les derniers chiffres des autorités, qui n’étaient pas encore disponibles au moment où la Commission a procédé à son estimation, sont encore meilleurs qu’attendus", s’est félicité le grand argentier du gouvernement Michel, cité par Belga. De fait : selon la Commission, le déficit public belge nominal passera de 2,5 % du PIB en 2016 à 1,5 % en 2017, puis 1,4 % en 2018 avant de revenir à 1,5 % en 2019.

Oui mais : si le déficit structurel, de 2,1 % du PIB en 2016, s’établira à 1,5 % en 2017 et 2018, il remontera, selon l’exécutif européen à 1,7 % du PIB en 2019. Conclusion : la Belgique ne respecterait pas la trajectoire budgétaire qui lui est fixée pour réduire sa dette publique - une des plus élevées de l’Union - au rythme attendu en 2018 et 2019. La dette publique belge, néanmoins, va décroître : elle représentera 103,8 % du PIB en 2017 (pour 105,7 % en 2016); 102,5 % en 2018 et 101,2 % en 2019.

Enfin, si comme tous les Etats membres, la Belgique va connaître une croissance économique en 2017 et lors des deux années qui suivent, elle sera inférieure à la moyenne de la zone euro. Selon la Commission, la croissance belge s’établira à 1,7 % du PIB en 2017, gagnera 0,1 % en 2018, avant de revenir au même niveau en 2019. Dans le même temps, la zone euro bénéficiera d’une croissance supérieure ou juste inférieure à 2 %. La performance belge est particulièrement médiocre, au regard de celles des voisins allemands, et surtout luxembourgeois et néerlandais (voir infographie). A vrai dire, en la matière, la Belgique fera même figure de mauvais élève européen. Seuls la France, l’Italie et, hors zone euro, le Royaume-Uni feront moins bien.