Conjoncture

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui impute à un "complot" américain la chute brutale de la livre turque, a accusé lundi les Etats-Unis de chercher à frapper la Turquie "dans le dos". "D'un côté, vous êtes avec nous dans l'Otan et, de l'autre, vous cherchez à frapper votre partenaire stratégique dans le dos. Une telle chose est-elle acceptable ?", a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Ankara.

La Turquie a annoncé lundi une série de mesures pour tenter de soutenir sa monnaie qui s'effondre sur fond de tensions avec les Etats-Unis et de défiance envers le président Recep Tayyip Erdogan, qui dénonce un "complot".

La banque centrale de Turquie a notamment indiqué qu'elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auront besoin, ajoutant qu'elle prendrait "toutes les mesures nécessaires" pour assurer la stabilité financière.

Ces annonces surviennent après que la livre turque, qui a perdu cette année plus de 40% de sa valeur face au dollar et à l'euro, s'est effondrée vendredi, faisant souffler un vent de panique sur les marchés à travers le monde.

La Turquie n'est pas parvenue lundi à stopper l'effondrement de sa monnaie alimenté par l'aggravation d'une crise diplomatique avec les Etats-Unis, accusés par le président Recep Tayyip Erdogan de vouloir "frapper dans le dos" son pays.

Dans l'espoir de rassurer les marchés, la banque centrale de Turquie a annoncé lundi qu'elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auraient besoin et prendrait les "mesures nécessaires" pour assurer la stabilité financière.

La livre, qui a pour la première fois franchi lundi la barre des sept pour un dollar, s'échangeait à 6,89 en début de soirée, soit une chute de plus de 6,7% sur la journée.

Gagnées par l'onde de choc de ce "Vendredi noir", qui a vu la livre perdre quelque 16% de sa valeur par rapport au billet vert, les Bourses de Tokyo et Hong Kong ont fortement baissé lundi. Les principales places européennes, déjà affectées vendredi, restaient fébriles.

"Un complot politique"

Le président Erdogan a multiplié les coups de menton en direction de Washington, mettant la crise monétaire sur le compte d'un "complot politique" américain et affirmant qu'Ankara chercherait "de nouveaux marchés et alliés".

Déclarations chocs, sanctions, menaces de représailles, puis doublement des tarifs douaniers américains sur l'acier et l'aluminium turc : les tensions entre les deux alliés au sein de l'Otan sont allées crescendo ces derniers jours, emportant la livre turque.

Au coeur de cette bataille : le sort du pasteur américain Andrew Brunson, actuellement jugé en Turquie pour "terrorisme" et "espionnage", placé fin juillet en résidence surveillée après un an et demi de détention.

"Nous affrontons de nouveau un complot politique en sous-main. Avec l'aide de Dieu, nous surmonterons cela", a lancé dimanche le chef de l'Etat turc. M. Erdogan n'a pas semblé outre mesure inquiet de la décision du président Donald Trump, annoncée dans un tweet vendredi, de doubler les tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium turcs.

Si Washington est prêt à sacrifier ses relations avec Ankara, la Turquie réagira "en passant à de nouveaux marchés, de nouveaux partenariats et de nouveaux alliés, aux dépens de celui qui a lancé une guerre économique contre le monde entier, y compris notre pays", a-t-il menacé.

Il a laissé entendre que c'était l'ensemble de l'alliance entre la Turquie - devenue membre de l'Otan en 1952 avec le soutien de Washington - et les Etats-Unis qui était en jeu.

Les Etats-Unis disposent d'une importante base à Incirlik, dans le sud du pays, actuellement utilisée comme centre des opérations contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

La Turquie reproche aussi aux Etats-Unis le soutien apporté en Syrie aux Unités de protection du peuple kurde (YPG). Ankara voit dans cette milice une émanation du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), classé "terroriste" par la Turquie mais aussi les Etats-Unis.

Les Etats-Unis demandent la libération immédiate du pasteur Brunson qui risque jusqu'à 35 ans de prison, alors que la Turquie plaide pour l'extradition de Fethullah Gülen, prédicateur turc établi depuis près de 20 ans sur le sol américain et soupçonné par Ankara d'être l'architecte du putsch manqué de juillet 2016.

Outre ces tensions, les économistes s'inquiètent de la mainmise sur l'économie de M. Erdogan qui s'est renforcée après sa réélection en juin dernier.

Les marchés exhortent la banque centrale à redresser davantage ses taux pour soutenir la livre et maîtriser une inflation galopante qui a atteint près de 16% en juillet en glissement annuel.