Conjoncture

Donald Trump déplore avec véhémence le déficit commercial des Etats-Unis avec le reste du monde et avec la Chine en particulier, estimant que celui-ci pénalise les entreprises et les travailleurs américains.

Il entend résorber ce déséquilibre de la balance des échanges de biens et services en refondant les traités de libre-échange.

Pour autant, un déficit commercial est-il bon ou mauvais pour la première puissance économique mondiale ? Le débat fait rage jusque dans les rangs des conseillers économiques de la Maison Blanche.

- Le déficit commercial, qu'est-ce que c'est ? -

Le déficit commercial d'un pays se produit quand le volume d'importations est supérieur à celui des exportations. Concrètement, le pays achète plus de biens et services au reste du monde qu'il n'en vend.

Les Etats-Unis accusent un déficit commercial chronique depuis près d'un demi-siècle. En 2017, celui-ci a atteint 552,27 milliards de dollars. Et le seul déficit avec la Chine s'est élevé à 335,7 milliards de dollars.

Un postulat contesté 

La conception selon laquelle une balance commerciale déficitaire met les Américains au chômage ou est dommageable pour l'économie est simpliste voire erronée, estiment de nombreux économistes.

D'abord parce que cette vision prend essentiellement en compte le déficit dans les échanges de biens manufacturés, c'est-à-dire les milliards de dollars d'importations de produits de consommation courante: vêtements, téléphones, ordinateurs, électroménager.

Or l'économie américaine repose de plus en plus sur les services (voyages, finances, médias) pour lesquels la balance commerciale est excédentaire (255,2 milliards l'an passé).

En outre, les statistiques sont là pour l'illustrer: quand la conjoncture est bonne, le déficit s'accroît. Quand la croissance bat de l'aile, le déficit commercial diminue car les citoyens américains consomment moins, faisant chuter les importations.

En 2009, le déficit commercial avait ainsi plongé de 45,8% au moment où la croissance économique des Etats-Unis était en berne, dans le sillage du déclenchement de crise financière à l'automne 2008.

A contrario, sur les 10 premiers mois de 2018, le déficit s'est fortement creusé (+11,4%) alors que l'économie américaine tourne à plein régime.

Services 

L'ancien conseiller économique du président, Gary Cohn, avait bien tenté de démontrer à Donald Trump pourquoi faire du déficit commercial une menace pour l'économie était "hors de propos".

Il aurait patiemment expliqué au locataire de la Maison Blanche que les Etats-Unis n'étaient plus prospères grâce à leur industrie manufacturière, a rapporté le journaliste d'investigation Bob Woodward dans son livre consacré au président américain.

"80% de notre PIB proviennent des services", aurait alors souligné Gary Cohn, relevant que les gens ne voulaient plus travailler dans des hauts fourneaux quand ils peuvent rester assis dans un bureau confortable avec l'air conditionné.

- Consommateurs au coeur du système -

La croissance économique américaine est traditionnellement tirée par la consommation des ménages. Et l'appétit des consommateurs pour les marchandises importées de Chine ou d'ailleurs s'explique par le fait que ces produits sont souvent moins chers.

Les entreprises augmentent, elles, leur rentabilité en achetant à l'étranger des produits moins chers que les produits domestiques.

Dans le cas d'un cercle vertueux pour l'économie, les ménages peuvent utiliser leur supplément de pouvoir d'achat pour acheter des produits et services cette fois domestiques, tandis que les entreprises peuvent utiliser leur supplément de rentabilité pour accroître leurs investissements.

Il est vrai néanmoins qu'une hausse des importations peut se faire au détriment des ventes domestiques, auquel cas la croissance peut ralentir et les destructions d'emplois augmenter.

Investissements 

A défaut d'acheter en masse produits et services américains, un pays étranger peut de son côté investir dans les actifs tels que les bons du Trésor, les actions d'entreprises ou obligations, dans l'immobilier, etc. C'est le cas de la Chine par exemple.

Or les investissements étrangers favorisent la création d'emplois.

- Le financement du déficit commercial -

Pour financer leur déficit commercial, les Etats-Unis doivent à la fois emprunter auprès d'instances étrangères ou attirer des investisseurs étrangers.

Or Peter Navarro, actuel conseiller de Donald Trump sur le commerce et l'industrie, estime que le déficit menace la sécurité nationale dans ce sens que les Etats-Unis dépendent de la dette extérieure et des investissements étrangers pour le financer.

Dollar 

Le taux de change du dollar est, enfin, un élément clé dans la mesure où un dollar fort rend les produits étrangers plus compétitifs pour les consommateurs américains. Les entreprises américaines ont, elles, plus de mal à vendre à l'étranger leurs produits, plus chers.