Conjoncture

Le comité directeur du syndicat laitier European Milk Board (EMB) s'est exprimé jeudi sur l'état du secteur du lait, à l'occasion de la Semaine verte internationale qui s'est tenue à Berlin.

Pour l'EMB, les mesures prises par l'Europe ces trois dernières années, alors que les producteurs laitiers faisaient face à une chute considérable des prix du lait, se sont avérées inefficaces à garantir aux agriculteurs un revenu décent.

"Au cours des dernières années, la Commission européenne a pris toute une série de mesures pour atténuer les effets dramatiques de la libéralisation du marché : programmes d'aide de plusieurs millions d'euros, augmentation des plafonds pour l'intervention (le stockage public des excédents de production de lait sous forme de poudre, NdlR) et possibilité pour les organisations de producteurs et les laiteries de planifier la production. La Commission européenne dispose actuellement de près de 380 000 tonnes de lait écrémé en poudre et ne sait pas quoi en faire. Cela montre que cet instrument a été utilisé de manière totalement erronée. Les mesures de crise mises en œuvre n'ont montré que très peu d'effet, contraignant les éleveurs à augmenter davantage leur production pour maintenir leur flux de trésorerie", fait savoir l'EMB.

Seule trouve grâce à ses yeux la régulation pendant trois mois, au dernier trimestre 2016, sur base volontaire, de la production européenne, que la Commission avait accepté de mettre en place. Elle a permis que les prix remontent : de 25,68 centimes le litre payé aux producteurs en juillet 2016 à, un an plus tard, 34,16 centimes.

Alors, l'EMB propose que l'Europe utilise un instrument de gestion de crise qu'il a mis au point : la Programme de responsabilisation du marché (PRM). En quoi consiste-t-il ?

Il comporte des instruments de surveillance des marchés et d'intervention réactive. Si l'on remarque que les prix du lait commencent à chuter et que les coûts de production des agriculteurs ne sont plus couverts (chute en dessous de l'indice 100), le PRM est activé.

Trois scénarios sont alors possibles :

1. Chute de l'indice de 7,5 % : une alerte est lancée, le stockage privé du lait est autorisé et des programmes comme l'encouragement à d'autres utilisations du lait (nourrissage ou engraissement des veaux, des génisses...) sont signalés.

2. Chute de l'indice de 15 % : la crise est officiellement constatée par l'agence de surveillance. On lance un appel d'offres pour une régulation volontaire de la production de minimum 5 %, avec des primes pour les agriculteurs qui y souscrivent.

3. Chute de l'indice de 25 % : on enclenche une réduction obligatoire de la production de 2 à 3 % durant une période définie et jusqu'à la fin de la crise.

L'EMB fait ici un clair appel du pied à la Commission européenne pour qu'elle mette en place ce type d'outil ou celui-ci, "dans le souci de pouvoir à l’avenir s’atteler, de façon appropriée et rapide, à la gestion des crises qui se profilent sur le marché du lait".