Conjoncture

Le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross a annoncé jeudi que les Etats-Unis allaient appliquer dès vendredi d'importants tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium importés de l'Union européenne, du Mexique et du Canada.

Les Etats-Unis ont donc décidé de ne pas prolonger l'exemption temporaire accordée à l'Union européenne jusqu'à jeudi minuit et vont mettre en place des taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium.

Le sursis sur ces taxes est également levé pour le Mexique et le Canada (le plus gros fournisseur de ces produits aux Etats-Unis), alors que la renégociation de l'accord de libre-échange Alena avec les partenaires de Washington tarde à aboutir.

Le Mexique a déjà annoncé des mesures de représailles. "Le Mexique imposera des mesures équivalentes sur divers produits" dont certains aciers, des fruits et des fromages, a annoncé dans un communiqué le ministère de l'Economie, et celles-ci "seront en vigueur tant que le gouvernement américain n'éliminera pas les taxes imposées".

Juncker: "Les Etats-Unis ne nous laissent pas d'autre choix"

L'Union européenne, qui se préparait au pire, a réagi par communiqué. "Je suis préoccupé par cette décision. L'Union européenne est convaincue que ces taxes unilatérales américaines sont injustes et qu'elles contreviennent aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). C'est du protectionnisme pur et simple", indique Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. "Nous avons sans cesse montré (aux Américains) notre ouverture dans les discussions sur comment améliorer nos relations commerciales avec les Etats-Unis mais nous avons été clairs : l'UE ne négocie pas sous la menace."

Jean-Claude Juncker prévient donc à son tour : "Les Etats-Unis ne nous laissent pas d'autre choix que de porter l'affaire devant le règlement des différends à l'OMC et de taxer en retour des produits américains". Cette procédure devant l'OMC, qui peut durer des années, devrait être lancée vendredi.

L'UE va donc "annoncer dans les prochaines heures des contre-mesures", a-t-il ajouté. "L'Union européenne ne peut pas rester sans réagir (...) Ce qu'ils peuvent faire, nous sommes capables de faire exactement la même chose", conclut-il.

Ces contre-mesures pourraient être celles annoncés début mars, soit une taxation de produits typiquement américains : motos Harley Davidson, jeans Levi's, bourbon, tabac, riz, maïs, jus d'orange, beurre de cacahuètes, produits de beauté, chaussures en cuir, bateaux, etc.

"Nous avons tout fait pour éviter ce dénouement", ajoute quant à elle la commissaire au Commerce Cecilia Malmström, qui a mené plusieurs pourparlers avec les Etats-Unis ces derniers mois.

Merkel juge les taxes américaines "illégales"

La chancelière allemande Angela Merkel, à la tête de la première économie européenne, a jugé jeudi "illégales" les taxes douanières sur l'acier et l'aluminium décidées par les Etats-Unis et s'est inquiétée d'un risque d'"escalade".

"Le gouvernement allemand rejette" ces taxes, a-t-elle dit dans un communiqué.

"Nous estimons qu'elles sont illégales" et que la décision de les instaurer "porte en elle le risque d'une spirale nous entrainant dans une escalade qui au final nuira à tout le monde", a ajouté la chancelière.

Elle réagissait à la décision des Etats-Unis de ne pas prolonger l'exemption temporaire accordée à l'Union européenne jusqu'à jeudi minuit et de mettre en place des taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium importés d'Europe, mais aussi du Canada et du Mexique.

"La décision du président américain (Donald Trump) de ne pas accorder d'exception permanente sera désormais analysée en détail au sein de l'UE", qui s'est préparée "pour répondre par des contre-mesures appropriées", a prévenu la chancelière.

Berlin "va continuer à faire campagne pour le libre-échange, l'ouverture des marchés" et "l'approche multilatérale", a insisté Mme Merkel.

"Notre réponse à 'l'Amérique d'abord' sera 'l'Europe unie'", a aussi indiqué son ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas.

"Les guerres commerciales ne connaissent aucun vainqueur", a-t-il ajouté, jugeant "non pertinent de justifier (ces taxes) au nom de la sécurité nationale des Etats-Unis".

Première économie de l'UE, l'Allemagne est particulièrement vulnérable aux droits de douane en raison de sa forte dépendance à l'égard de l'industrie automobile, elle aussi dans le collimateur de Donald Trump.

Selon les chambres de commerce et d'industrie allemandes (DIHK), les automobiles et les pièces automobiles ont représenté plus d'un quart des 111,5 milliards d'euros (130,3 milliards de dollars) d'exportations vers les Etats-Unis l'année dernière.

"Une décision illégale", déplore Macron

Emmanuel Macron a "déploré" jeudi l'application par les Etats-Unis d'importants tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium importés de l'Union européenne, la qualifiant d'"illégale" et d'"erreur".

Le président français a indiqué à des journalistes qu'il s'entretiendrait "dans la soirée" avec son homologue américain Donald Trump.

"Je déplore la décision américaine" et "nous aurons une position européenne à prendre", celle qui "consiste à s'inscrire dans le droit international", a déclaré Emmanuel Macron à l'issue d'une réunion à l'Elysée consacrée au patrimoine en péril.

"Cette décision n'est pas conforme au droit commercial international (...), donc elle est illégale", a-t-il ajouté. "Je pense que cette décision est une erreur à plusieurs égards (...) car elle répond à des déséquilibres internationaux qui existent de la pire manière, c'est-à-dire en fragmentant et en faisant du nationalisme économique. Et le nationalisme, c'est la guerre (...) C'est exactement ce qui s'est passé dans les années 30", a-t-il lâché.

Eurofer demande des mesures de sauvegarde

Eurofer, l'association des sidérurgistes européens "regrette que les Etats-Unis aient choisi de taxer un allié stratégique et politique. Nous souhaitons maintenant que l'Union européenne agisse de manière unie et rapide pour se protéger de l'acier venant de pays tiers et destiné aux Etats-Unis, qui sera dérouté vers l'Europe". Eurofer demande à ce que l'UE prenne des mesures de sauvegarde, qui permettent à un pays de bloquer pendant un temps un produit qui arrive à ses frontières.

Pour la FEB, Donald Trump "se trompe de cible"

Après l'annonce jeudi de la décision du président des Etats-Unis, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) met en garde contre tout risque d'escalade. "Donald Trump se trompe de cible", affirme la fédération patronale. "L'Europe n'est pas à l'origine des surcapacités mondiales dans le secteur de l'acier", au contraire, les industries belges et européennes en subissent les effets négatifs au même titre que les américaines, estime la FEB. La collaboration avec les USA doit donc se maintenir.

"L'usage abusif" de l'argument scandé par Donald Trump, à savoir "America First", "risque de décrédibiliser le système commercial multilatéral construit autour des règles de l'OMC", prévient-elle encore.

La FEB dit soutenir la prise de mesures de rééquilibrage par la Commission européenne, mais veut prévenir tout risque d'escalade. "L'Europe doit maintenant réagir fermement aux provocations américaines sur le plan commercial en ligne avec nos droits et obligations à l'OMC. Mais il convient pour la Commission d'agir de manière proportionnée, il ne faudrait pas finir par se tirer une balle dans le pied en adoptant des mesures néfastes pour les opérateurs européens qui importent des produits américains", souligne Pieter Timmermans.

© AFP