Conjoncture

"Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner", affirmait Donald Trump le 6 mars dernier. Rien n'est moins sûr, au vu des conflits commerciaux impliquant les États-Unis depuis la fin du XIXème siècle. Quelques exemples.

1890 - Le William McKinley Tariff Act

En 1890, le Républicain William McKinley, élu de la Chambre des représentants, est à l'origine d'une augmentation de près de 50% en moyenne des droits de douane sur l'ensemble des importations aux États-Unis. Si la hausse des taxes permet d'accélérer le développement de la production de fer-blanc aux États-Unis, par exemple, elle fait aussi flamber les prix, démontrant que, "dans les guerres commerciales, c'est toujours le consommateur qui paye", selon Bertrand Blancheton, doyen de la faculté d'Économie de Bordeaux.

Lors des élections qui suivent, les Républicains perdent leur majorité à la chambre tandis que l'acte lui-même est abrogé en 1894. William McKinley est toutefois devenu en 1897 président des Etats-Unis.

1930 - Le Smoot-Hawley Tariff Act

La loi Hawley-Smoot, considérée comme la mesure protectionniste la plus agressive de l'histoire récente, est votée en 1930 aux États-Unis, malgré les avertissements à l'époque de nombreux économistes. Elle impose des droits de douane de près de 60% sur plus de vingt mille produits agricoles et industriels importés. Emmenés par le Canada, les partenaires commerciaux ripostent par des taxes sur les exportations des États-Unis, qui chutent de plus de 61% entre 1929 et 1933.

"Les États-Unis ont parié que les Européens n'allaient pas réagir", explique M. Blancheton. Mais cette escalade a finalement provoqué "un repli autarcique des économies, facteur aggravant" de la Grande Dépression ayant suivi le cataclysme boursier de 1929.

1961-1964 - "La guerre du poulet"

Au début des années 60, la France et l'Allemagne décident conjointement de taxer l'importation du poulet américain. Les États-Unis ripostent par des taxes sur une série de produits, en particulier sur certains véhicules utilitaires - ces derniers restant d'ailleurs taxés à ce jour.

Des économistes estiment aujourd'hui que les constructeurs américains ont certes profité à court terme de ces mesures pour s'imposer sur certains secteurs, mais en ont aussi, et paradoxalement, pâti. Ces mesures, en isolant l'industrie automobile américaine, lui auraient en effet fait prendre du retard sur la compétition internationale.

1985 - "La guerre des pâtes"

Le différend surnommé la "guerre des pâtes" commence en novembre 1985 lorsque le président américain Ronald Reagan décide de taxer les importations de pâtes en provenance d'Europe, afin de protéger son industrie nationale. Les Européens répondent par des taxes sur les importations américaines de citrons et de noix. Le bras de fer dure neuf mois, avant que les États-Unis et la Communauté Économique Européenne (CEE) ne parviennent à un accord pour lever les taxes.

2002 - Georges W. Bush contre l'Union Européenne

Le 5 mars 2002, le président américain George W. Bush impose des surtaxes allant de 8% à 30% pour dix catégories de produits importés tels que l'acier plat laminé, les fils pour machines ou les tubes soudés, pour une durée de trois ans. Ces mesures, qui ont pour objectif de soutenir la sidérurgie américaine alors en pleine restructuration, touchent près de 29% des importations. L'Union européenne dépose une plainte en réaction auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et publie une liste de produits américains qu'elle menace de taxer jusqu'à 100% dont les jus de fruit, les T-shirts ou encore les slips. Finalement, George W. Bush se résoud à supprimer les taxes en décembre 2003. Selon une étude de la CITAC Foundation réalisée à l'époque, ces taxes auraient coûté quelques 200.000 emplois aux États-Unis.