Conjoncture L’innovation était au cœur du 22e congrès des économistes. L’occasion d’un brassage d’idées.

Comment favoriser l’innovation dans notre pays ? Quelles politiques mettre en œuvre pour faciliter son développement ? Telles étaient les lignes directrices du congrès des économistes qui se tenait ce jeudi à Bruxelles, présidé par le professeur Bruno van Pottelsberghe. Au terme de cette journée de réflexions académiques, plusieurs recommandations ont été émises par les quatre commissions qui se penchaient sur les différents aspects de l’innovation.

Réglementations et éducation

Parmi les principales recommandations émises, la création d’un cadre régulatoire flexible et agile semble être l’une des priorités. "Ce cadre régulatoire devrait aussi être revu à la lumière des résultats", relève le professeur Paul Belleflamme. Il est vrai que la régulation a inévitablement un temps de retard sur l’innovation. Ces régulations doivent donc être améliorées au fil du temps en fonction des évolutions technologiques et économiques.

Un autre point que le congrès a mis en exergue est la nécessité de développer l’éducation sur un ensemble de compétences dont les compétences numériques. Idéalement, cette éducation devrait être à la fois de base mais aussi continue. "Il faut réinventer l’éducation. Il faut à la fois changer ce que l’on enseigne et comment on l’enseigne en intégrant, par exemple, des cours de programmation dans les écoles. Mais, surtout, il faut donner l’envie d’apprendre et non plus forcer à apprendre", estime Thierry Geerts, CEO de Google Belgique présent lors de la séance de clôture du congrès. L’éducation permanente devrait aussi être plus pro-active avec une formation qui précède les problèmes qui surgissent en raison de la digitalisation.

Le calcul du PIB devenu désuet

Les économistes ont également souligné l’importance de développer des instruments de mesure économique qui soient adaptés au nouvel environnement. Le calcul de la productivité, par exemple, devrait être revu de même que la mesure de la valeur des données (le data) ou encore la valeur du travail. Le calcul du PIB semble désuet face aux avancées liées à la digitalisation. Se pose alors la question sur la façon d’estimer la valeur des produits gratuits en tenant compte de la valeur ajoutée qu’ils créent pour les individus. Du côté des politiques qui sont mises en place pour développer l’innovation, il faudrait que les budgets de recherche soient attribués à des projets porteurs qui n’entravent pas la concurrence et il faut mettre en place des indicateurs qui permettent d’évaluer l’efficacité de ces politiques.

Cette rencontre académique a permis un échange de points de vue qui a nourri la réflexion concernant le développement de l’innovation dans notre pays. La Belgique ne laisse pas passer ce train mais doit veiller à y rester en adaptant à la fois ses réglementations, ses instruments de mesures économiques et ses politiques de recherche. Il est à regretter, une fois de plus, que le public présent lors de ce congrès ait été composé essentiellement de membres du corps académique de nos universités. Aucun représentant du tissu industriel belge, du secteur bancaire ou des consultants n’est venu se nourrir intellectuellement du fruit de ses réflexions.Isabelle de Laminne