Conjoncture Cecilia Malmström, la commissaire européenne en charge du Commerce, rencontrera ce mardi à Strasbourg les eurodéputés membres de la commission du Commerce international afin de discuter des nouvelles règles anti-dumping que la Commission veut édicter. Et l'on ne s'attend pas à un échange de tout repos car il existe de grosses divergences de vues entre les deux parties.
S'il n'y a pas d'urgence absolue à soumettre la proposition de la Commission au vote des parlementaires, il se dit que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, pousse pour qu'un accord soit conclu avant le 13 septembre, date à laquelle il prononcera son discours sur l'état de l'Union.

Particulièrement frappée par le dumping chinois, la Commission veut durcir le ton et revoir sa manière d'aborder ce problème, qui met en péril les activités et l'emploi industriel en Europe. A la place de juger si un pays est ou non une économie de marché, la Commission souhaite introduire le concept de "distorsion significative des prix" ou retenir comme critère le fait que l’Etat exerce "une profonde influence" sur son économie.

Jusqu'ici, tout va bien. Mais là où le bât blesse, c'est quand la Commission prévoit que la charge de la preuve de dumping soit mise sur les épaules de l'Union européenne, afin de ne pas se mettre en faux par rapport aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Inacceptable pour le président du parlement, Antonio Tajani, qui l'a fait savoir la semaine dernière. "Si ce sont les conditions (de la Commission) , il vaut mieux un renvoi (du vote) qu'un mauvais accord. Nous ne pouvons pas accepter qu'une institution européenne en force une autre. Nous devons arriver à un consensus, sur un soutien de l'Europe aux PME qui veulent déposer une plainte pour dumping. Il faut penser la politique commerciale comme un levier pour défendre l'emploi dans l'industrie européenne", a-t-il déclaré.
Si les nouvelles règles anti-dumping ne protègent pas réellement les industriels européens, il n'y aura pas d'accord, prévient Antonio Tajani.

Les représentants de l'industrie européenne sont sur la même longueur d'ondes que le parlement et le soutiennent dans son opposition à la Commission. "Nous partageons ses craintes à propos du fait que les propositions de la Commission ne sont pas assez solides. Non seulement elles échoueraient à s'attaquer à la menace du dumping à l'importation venant de pays présentant des distorsions significatives de prix mais elles ouvriraient aussi la porte à des contestations injustifiées auprès de la Cour européenne de justice", indique Ines van Lierde, d'Aegis Europe.
Ce groupement d'industriels estime qu'il n'y a aucune raison de penser que laisser aux producteurs suspectés de dumping la charge de tenter de prouver qu'ils agissent de façon régulière contrevient aux règles de l'OMC. Et Aegis s'inquiète : "Les propositions de la Commission font courir un risque considérable à l'industrie européenne, qui pourrait se retrouver sans aucune défense commerciale efficace".