Conjoncture

Il aurait voulu être journaliste. "Mais l’affaire Dutroux est passée par là et, en tant qu’étudiant, j’ai eu une expérience personnelle désagréable avec certains journalistes. Je n’ai plus eu envie" . A 43 ans, Benjamin Cadranel (PS) est administrateur général de Citydev.brussels (ancienne SDRB), le plus grand propriétaire de terrains à Bruxelles. L’organisme public est chargé à la fois de l’expansion économique et de la rénovation urbaine de la Région. Un vaste défi pour cet avocat constitutionnaliste, qui a longtemps travaillé au cabinet de Marc Uyttendaele, avant d’être débauché par l’Institut Emile Vandervelde (IEV), le "think tank" politique du PS. "A l’époque, je n’avais pas de carte politique mais j’ai toujours voté soit Ecolo, soit PS ". Au sein de l’IEV, l’Ucclois est alors amené à travailler sur la cinquième réforme de l’Etat. En 2004, sa carrière prend un nouveau tournant lorsqu’il rejoint le cabinet du ministre-Président bruxellois Charles Picqué (PS). Trois ans plus tard, il devient directeur de cabinet du chef de l’exécutif bruxellois, fonction qu’il occupera jusqu’en 2013. " J’ai postulé et obtenu le poste d’administrateur général de ce qui était encore la SDRB à l’époque. Et je n’étais pas le seul candidat, contrairement à ce qui a été écrit" . L’occasion de "réaliser des projets concrets" pour ce passionné"des rouages de l’Etat et de la démocratie". "Ce que nous faisons a l’air très ‘terre à terre’, par rapport à l’égalité homme-femme ou la paix dans le monde, mais on a un impact sur la vie de beaucoup de gens pendant très longtemps . Regardez les problèmes de cohésion sociale qui ont été créés par les cités construites dans les banlieues en France. Ce sont de fausses bonnes idées d’il y a quarante ans dont on paie encore les conséquences aujourd’hui."

Vous êtes très critique par rapport au développement urbain de Bruxelles au siècle dernier.

L’utopie urbanistique de l’Expo 58 nous amène au cauchemar d’aujourd’hui avec ces autoroutes urbaines et ces embouteillages constants. On voulait séparer les activités économiques, les activités récréatives, le scolaire et le résidentiel,… Cela a été un échec. Bruxelles a encore un urbanisme à l’américaine avec les bureaux dans le centre, les cadres et des classes moyennes aisées vivant entre Uccle et Rixensart. C’est une ville diffuse, un peu comme Los Angeles, toutes proportions gardées, et on est bloqué car cela coûte très cher de créer des transports en commun, puisque vous transportez très peu de personnes.

Que proposez-vous pour changer cela ?

Il faut d’abord changer les mentalités. On a pris conscience assez récemment que notre mode de vie menaçait l’espèce humaine. Il faut vivre en ville, plutôt que de mettre la ville à la campagne.