Conjoncture

Depuis près de dix ans, les rentiers sont à la diète. Ceux qui espéraient finir paisiblement leurs jours en récoltant les fruits de l’épargne de toute une vie doivent se contenter de récoltes de plus en plus faméliques. Ils n’en meurent pas tous mais tous en sont frappés. Et la galère ne fait que commencer.

Epargner n’est pas un luxe mais une nécessité qui a la vie dure. Et on reste impuissant face au "grand dépit des carnets de dépôt".

Le niveau des comptes d’épargne reste extrêmement élevé malgré des taux d’intérêt proches de zéro. Il reflète le taux d’épargne important des Belges, qui est un des plus élevés du monde. "Mais ce constat cache d’autres réalités, beaucoup moins agréables", note Bruno Colmant, économiste à la Banque Degroof Petercam. "Tout d’abord, tous les Belges ne peuvent pas épargner. Une portion grandissante des citoyens tombe dans la précarité et le surendettement. Pour ces Belges, l’épargne est négative. Ceux qui peuvent se permettre d’épargner répondent à un besoin de protection de l’avenir qui, depuis 2008, est devenu plus incertain. On semble impuissant face au grand dépit des carnets de dépôt."

Et de rappeler que cette inquiétude dépasse l’absence de rémunération des dépôts. Les particuliers paient aujourd’hui pour assurer la sécurité de leur épargne, garantie jusqu’à un montant de 100 000 euros par personne par banque. De surcroît, une méfiance grandissante se répand quant au fait que les pensions seront honorées dans les conditions prévues. La population vieillit et le financement des pensions par une population jeune moins dense qu’auparavant conduit les Belges à s’interroger quant à la soutenabilité du système. De plus, le Belge vieillit dans un contexte technologique en profond bouleversement. Les chances de retrouver un emploi après 50 ans s’amenuisent.

"Il est donc important d’épargner et pas seulement pour absorber le risque de perte d’un emploi et une absence de cotisations pour des pensions dont l’âge de démarrage va inéluctablement reculer", insiste Bruno Colmant.