Conjoncture D’après le Voka, près de 90 % des exportations belges vers le Royaume-Uni sont flamandes.

Un choc. Voilà comment Ignace Libeert, de la société familiale éponyme, a vécu la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Son entreprise, située près de la commune à facilité de Comines (Hainaut), fournit plusieurs grands supermarchés britanniques et le "Brexit" lui a fait passer quelques nuits blanches. "Nous avons déjà perdu 10 % de notre chiffre d’affaires rien qu’avec la baisse de la livre sterling", explique Ignace qui craint une hausse des tarifs douaniers vers le Royaume-Uni, ainsi que des complications au niveau de la "paperasserie" et de l’étiquetage de ses chocolats.

M. Libeert n’est pas le seul à faire grise mine. Autour de lui, une dizaine d’entrepreneurs flamands, réunis dans un restaurant d’Ardooie, près de Roulers (Flandre-Occidentale) débattent avec le ministre-président de la région, Geert Bourgeois (N-VA). A l’extérieur, les champs se déploient à perte de vue sous un ciel bas. La région est considérée comme l’un des potagers de l’Europe, avec des géants des produits agricoles comme Ardo. On parle aussi de "Texas flamand" avec son taux de chômage quasi inexistant.

Mais que ce soit au niveau de l’alimentaire ou du textile, autre grande spécialité régionale, le "Brexit" n’arrange personne ici. Au sein du patronat flamand local, on a déjà fait ses calculs : un Brexit "non amical" coûterait près de 220 millions d’euros par an à la Province. Le Royaume-Uni représente par exemple 45 % du trafic du port de Zeebruges.

Le Pen fait peur aux boss flamands

Et le pire est peut-être à venir. "Le problème n’est pas seulement qu’un pays quitte l’Europe", analyse Dirk Decoster, patron de l’entreprise spécialisée dans la pomme de terre, Agristo (Harelbeke). Ce que nous craignons, c’est que le Brexit fasse tache d’huile et que d’autres pays s’en aillent. On le voit, avec Trump notamment : le protectionnisme est à la mode partout."

La crainte immédiate des entrepreneurs flamands ? Que Marine Le Pen (FN) gagne les élections présidentielles en France. La frontière française n’est pas loin et des restrictions d’accès au marché hexagonal seraient vécues comme une nouvelle catastrophe pour cette partie riche de la Flandre.

Mais en fait, c’est tout le Nord du pays qui tremble. D’après des calculs du Voka, le patronat flamand, avec 27,2 milliards d’euros de produits exportés vers le Royaume-Uni en 2015, la Flandre représente quasiment 90 % des exportations belges. "Un emploi flamand sur quarante est directement lié à ces exportations britanniques", précise Hans Maertens, administrateur-délégué du Voka. Une grande partie provenant de l’industrie chimique et pharmaceutique. Le Brexit pourrait coûter 1,6 milliard à la Flandre.

"Une Flandre offensive et une Wallonie défensive"

Côté britannique, on s’inquiète aussi des conséquences économiques de ce Brexit. Colin Stanbridge, le CEO de la Chambre de Commerce de Londres, fait ainsi le tour de l’Europe continentale pour convaincre les hommes d’affaires de trouver un terrain d’entente avec leurs homologues anglais. Pour ensuite présenter ces doléances au monde politique. "J’ai été journaliste politique et je sais, par expérience, que des hommes d’affaires ont plus de chances de trouver une solution que des politiciens, explique M. Stanbridge. Londres a voté massivement contre cette sortie de l’Union européenne, mais la réalité est là et ce Brexit aura lieu. Le côté positif est que les entreprises de notre pays vont être obligées de s’intéresser à d’autres marchés plus éloignés. Mais l’Europe reste le ‘big deal’ et nous devons faire en sorte que d’un point de vue économique, ce Brexit soit autant positif pour le Royaume-Uni que pour le reste de l’Europe."

Pour Geert Bourgeois, il va aussi falloir trouver le juste dosage. "L’objectif n’est pas de punir le Royaume-Uni, même s’il faut aussi éviter que d’autres pays soient tentés par une sortie de l’Union", explique l’élu N-VA qui a entamé un dialogue avec la région wallonne "où la sensibilité est différente" sur le sujet. "La Flandre a une position offensive, là où la Wallonie est plus défensive quand il faut négocier des traités de libre-échange", conclut Hans Maertens. "Il faut éviter une débâcle telle que nous l’avons vécue avec le Ceta (NdlR : accord de libre- échange avec le Canada)."