Conjoncture Le ministre wallon de l'Agriculture (CDH) a accordé à «La Libre» son interview de rentrée. On peut à peine parler de rentrée car René Collin n'a pas pu prendre un seul jour de congé cet été, à cause du changement de majorité et de la crise des œufs contaminés au fipronil, qu'il juge "préoccupante et absorbante".

Comment jugez-vous la gestion de la crise des œufs par l'Afsca et le fédéral, sur le volet de la communication ?

Le mot clé, c'est l'information, dont le processus, à tous les étages, a été défaillant. L'Afsca a-t-elle eu raison d'attendre le 20 juillet pour prévenir l'Europe et le 24 juillet son ministre de tutelle, alors qu'on savait qu'il y avait plus que probablement un problème de fipronil dès la mi-juin ? Et il n'est pas normal que la Région wallonne qui, hormis la sécurité alimentaire, a la totalité de la compétence agricole, n'ait jamais été officiellement prévenue. Une information transparente aux consommateurs sur les numéros de lots des produits transformés contenant des résidus de fipronil n'a pas faite de manière complète. Il faut qu'on aménage des procédures pour qu'il y ait une information plus directe, plus rapide en cas de crise, également au niveau européen. Idéalement, il faudrait une agence européenne pour la sécurité alimentaire car les produits ne connaissent pas de frontières.

Et votre avis sur la gestion pratique de cette crise ?

Début août, l'Afsca a pris une décision, nécessaire mais sans doute tardive, de réaliser un monitoring de l'ensemble des exploitations concernées en Belgique. Dans sa mise en œuvre, il y a eu des délais intolérables que les éleveurs ont dû supporter. Le 10 août, il y a avait encore 26 exploitations dans lesquelles aucun échantillon n'avait été prélevé. Un des gros problèmes révélés par cette crise, c'est qu'il manquait de laboratoires pour réaliser les analyses. Et il a fallu des jours et des jours pour obtenir les résultats; des résultats parfois contradictoires, laissant les agriculteurs en plein désarroi . plusieurs dizaines d'exploitations sont restées bloquées parce qu'on n'avait pas les résultats. On ne peut pas continuer comme ça !

Le débat sur le traitement différencié que réserverait l'Afsca aux petits producteurs par rapport à l'industrie a été rouvert. Au fédéral, on soulignant l'existence de la cellule «petits producteurs» de l'agence. Est-elle pertinente, efficace, sollicitée ?

Sa création par Willy Borsus est assurément un progrès. Je ne dispose pas de chiffres mais c'est un peu tôt pour dire si elle est suffisante et si elle fonctionne bien. Il faudra assurément évaluer la suffisance et la capacité de travail de la cellule "petits producteurs" et la renforcer. Les processus de contrôle décidés par l'Afsca sont au départ inspirés par les besoins de l'industrie. Sont-ils suffisamment adaptés aux petits producteurs ? Pour moi, non. Un exemple : alors que nous mettons en œuvre des moyens considérables pour convaincre les acheteurs de faire confiance à nos producteurs locaux, on dit aux restaurants de privilégier les œufs liquides. Est-ce que c'est justifié pour 90% de nos opérateurs horeca ? Je n'en fais pas une question communautaire mais il y a quatre casseries en Belgique et elles sont toutes en Flandre.

Faut-il régionaliser l'Afsca ?

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