Conjoncture Dans la possible perspective de taxes douanières américaines sur l'acier (25%) et l'aluminium (10%) que Donald Trump menace encore d'imposer à plusieurs pays, des dizaines d'industriels américains, qui se fournissent à l'étranger, semblent en tout cas aux abois. Ils demandent depuis des semaines des centaines exemptions de taxes sur des produits en acier et aluminium.

Grâce à la transparence de l'administration américaine, leurs demandes peuvent être consultées sur le site Internet du département du Commerce.

La lecture de ces documents est pour le moins instructive. Ils illustrent parfaitement ce que le président américain clame depuis sa campagne électorale et qui justifierait l'édiction de ces taxes d'importation : l'industrie américaine a été décimée par la mondialisation.

Des entreprises, parfois très connues comme Shell ou Chevron, qui utilisent donc de l'acier ou de l'aluminium pour fabriquer leurs produits, ont rempli un formulaire standard, détaillant le ou les produits spécifiques dont elles ont besoin, où elles se fournissent et si elles ont tenté de s'approvisionner sur le marché intérieur. Elles peuvent y adjoindre une lettre.

Les industriels se fournissent principalement au Japon

On découvre que la plupart s'approvisionne au Japon, auprès de géants sidérurgistes comme Nippon Steel, Kobe Steel et JFE Steel. Le Japon n'a toujours pas reçu d'exemption, même temporaire, de la part de Donald Trump, sans pour autant être frappé par ces pénalités douanières.

Plus marginalement, les fournisseurs des industries américaines sont localisés en Chine, Corée du Sud, Taïwan, Thaïlande, Arabie Saoudite, Turquie, Indonésie, Afrique du Sud mais aussi en Russie et en Europe (petits fabricants d'aciers spéciaux allemands, italiens, roumains, slovaques, suisses, grecs, norvégiens).

Dans quelques cas, la situation est surréaliste. Exemple : Rusal America, filiale du producteur russe d'aluminium, demande une exemption pour son fournisseur... Rusal Russie !

Des produits parfois introuvables aux Etats-Unis

Pourquoi ces industriels américains doivent-ils faire venir leurs matières premières d'aussi loin ? Eh bien, disent-ils, parce qu'ils n'en trouvent pas, plus ou pas assez aux Etats-Unis. Certains évoquent même une impossibilité à se fournir en aciers ou aluminiums de qualité sur le marché intérieur.

L'emploi dans la sidérurgie US a chuté de 35 % entre 1998 et 2016. Les aciéries tournent à 74 % de leur capacité et les Etats-Unis importent 30 % de leur acier.

Dans leur lettre au ministère du Commerce, plusieurs chefs d'entreprise préviennent : si les taxes sont promulguées, des emplois américains directs et indirects (parfois chiffrés) seront sacrifiés et ils seront dans l'obligation de fermer des usines. Voilà qui est aux antipodes de l'objectif de Donald Trump : relancer l'industrie nationale. Pour ce faire, rendre plus difficiles les importations a du sens mais encore faudrait-il donner les moyens aux producteurs américains d'acier et d'aluminium de booster leurs activités. Ce que ne propose pas le président.

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