Conjoncture

Le président américain a laissé une option aux pays concernés. Une réunion UE-Japon-USA se tient ce samedi.

Même désavoué par la communauté internationale, l’Organisation mondiale du commerce, son propre camp politique et une partie des industriels américains, le président américain Donald Trump, qui affirme que “des pratiques commerciales étrangères agressives ont dévasté l’industrie américaine de l’acier et de l’aluminium”, a mis jeudi sa menace à exécution. Les Etats-Unis vont bel et bien taxer les importations d’acier et d’aluminium. Les réactions de protestation se sont multipliées après la signature de cette mesure controversée et les ripostes commerciales risquent d’être sévères.

1. En quoi consistent ces taxes et quels pays sont concernés ?

Les Etats-Unis annoncent une taxation de base sur l’acier de 25  % et de 10  % pour l’aluminium. Ces mesures entreront en vigueur dans quinze jours. Tous les pays sont concernés hormis, “pour le moment”, le Canada (le plus gros fournisseur de ces deux produits aux USA) et le Mexique. Mais à une condition : que la renégociation en cours de l’Aléna, le traité de libre-échange nord-américain, aboutisse à un accord favorable aux Etats-Unis. Donald Trump dit y croire mais la ministre canadienne des Affaires étrangères a déclaré jeudi que le Canada restera ferme sur cette question et qu’il souhaite une levée des taxes sans condition.

Le président américain a promis “de l’équité et de la flexibilité” aux autres pays “amis”. En clair, il offre la possibilité aux Etats de négocier une exemption de ces tarifs douaniers. Il pourrait aussi décider au cas par cas de taxes à la baisse ou à la hausse, en fonction sans doute du caractère jugé amical ou inamical des différents pays.

2. Quelle est la réaction de l’Union européenne ?

Elle est prudente pour l’instant mais on sait que l’Europe va ouvrir un dialogue d’une seule voix (la Commission européenne ne veut pas de divisions entre Etats membres et entreprises) avec les Etats-Unis pour qu’ils lèvent les taxes douanières. Vendredi, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a déclaré que “le dialogue est toujours la première option pour l’Union européenne. Nous ne pouvons pas être une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis donc nous comptons être exemptés (des taxes)”. Pour le vice-président de la Commission européenne, Jyrki Katainen, “nos entreprises n’ont pas pratiqué le dumping sur le marché américain, les Américains n’en ont d’ailleurs pas trouvé la preuve, et notre secteur sidérurgique n’est pas subsidié”.

Cecilia Malmström a annoncé qu’elle rencontrera ce samedi le représentant au Commerce des Etats-Unis et le ministre japonais de l’Economie. Cette réunion, prévue de longue date, sera l’occasion d’aborder le problème des surcapacités mais surtout pour tenter de faire changer les Américains d’avis.

3. A quelles conséquences commerciales peut-on s’attendre ?

Cecilia Malmström a rappelé vendredi que l’Europe était prête à taxer en retour des produits américains (acier, jeans, bourbon, Harley Davidson, tabac, cosmétiques, riz, jus d’orange, beurre de cacahuètes…), tout en précisant que “nous ne préparons pas une bataille. […] L’Union européenne est un projet pacifique”. Si elle est frappée de taxes, l’UE portera le dossier devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mercredi, la Chine et 17 autres pays ont d’ores et déjà protesté contre le projet de Donald Trump lors d’une réunion du conseil général de l’OMC.

Le ministre japonais des Affaires étrangères a averti vendredi que son pays “prendra les mesures appropriées”. Le sidérurgiste autrichien Voestalpine qui, ces dernières années, a créé 3000 emplois aux Etats-Unis et y a investi 1,4 milliard de dollars, a indiqué vendredi qu’il va “soumettre tous (ses) investissements prévus en Amérique du Nord à un examen critique concernant leur opportunité économique et politique”. Enfin, onze pays des deux rives du Pacifique ont ressuscité le traité de libre-échange transpacifique, signé par le président Obama en 2016 mais dont Donald Trump s’était retiré il y a un an et qu’on croyait donc définitivement enterré.

La Commission européenne ne veut pas de divisions entre Etats membres et entreprises et négociera d’une seule voix avec les Américains.